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Nouvelles juridiques

Procès en appel semaine 41 (13/10/2010)
(dimanche 17 octobre 2010)
Journée consacrée à l’audition des témoins :
M François Groh
M Michel Keller
Mme Joëlle Chabry

PROCES EN APPEL HORMONES DE CROISSANCE

COUR D’APPEL DE PARIS LE 13 OCTOBRE 2010

 =-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-
Synthèse

Témoin, François Groh, 66 ans, technicien à Pasteur

Témoin désagréable, qui ne répond que contraint et forcé, avec des phrases courtes, rarement plus de 10 mots, souvent sibyllines, rarement audibles. Il profite de sa petite compétence technique pour se moquer du procureur, qui, lui, ne se démonte pas, et cherche à trouver la faille dans cette carapace. Hélas, il ne va pas la trouver.
Il explique les différentes étapes de la fabrication et indique que jusqu’en 1985, il y avait toujours 25% de dimère dans la poudre qui partait à la PCH.
Pourquoi avez-vous changé ? Je ne sais pas.
Pourquoi vous ne mélangiez pas les hypophyses bulgares et françaises ? On ne fournissait pas de dimère pour la PCH avec les bulgares, pour être sur un pied d’égalité avec les hormones étrangères.
Il n’y a pas eu de mélanges ? Si, peut-être avec des mélanges de culots. Ce n’est pas la nationalité d’une hormone qui va changer les choses !
Président Wacogne, à F Dray : Le 12 novembre 1984 le CA de France Hypophyse décide de ne pas mélanger les hormones bulgares et française. Vous en avez mélangées ?
Dray : Non !
Groh : (au secours de Dray) Monsieur Dray ne m’a jamais donné l’ordre. Il y a eu des mélanges de culots P3 bulgares et françaises.
Le procureur : Lorsque vous avez des traitements avec les hypophyses douteuses, qu’avez-vous fait du matériel ?
Groh : J’ai nettoyé le matériel et changé le gel.
Le procureur : Quand vous aviez un pépin, que faisiez-vous ?
Groh : C’est quoi un pépin ?
Le procureur : Pyrogène par exemple
Groh : Ah ! bon et comment du pyrogène ?
Le procureur : En revenant de Liège vous avez envoyé à la PCH un lot non traité à l’urée, alors qu’il aurait du l’être ?
Groh : Je n’étais pas au courant
Le procureur : Je croyais que dans les petites structures il n’y avais pas besoin de procédure car tout le monde était au courant de tout. Là, le fait qu’il n’y ai pas eu d’écrits a été gênant !
Il reconnait ensuite que 2 lots pouvaient être en cours de fabrication en même temps, à des stades différents. La durée du traitement était de 10 jours plus quelques uns pour la lyophilisation.

Témoin, Michel Keller, 63 ans, retraité, technicien en biochimie à Pasteur, puis en micro informatique à Pasteur.

J’ai commencé en septembre 1973 à Pasteur. Les techniques ont évolué mais il n’y a pas eu d’énorme changement, sauf dans les conditions de travail. Au début nous avions seulement un local et une chambre froide partagée. Le dimère n’a pas un rendement extraordinaire et l’activité biologique est relativement mauvaise. Au début les hypophyses étaient soigneusement préparées. Ensuite, il y avait moins de précautions. Si elles étaient impropres, j’éliminais les membranes encore existantes, les petits morceaux d’os, sur la paillasse en chambre froide mais parfois en température ambiante. Elles devenaient purifiables. Lors du broyage et de la centrifugation, nous retrouvions les restes pas propres.
Le président Wacogne demande au témoin, malade, s’il préfère continuer ou s’arrêter et reprendre après le repas. Keller répond qu’il prend des médicaments le matin et le soir donc en ce moment il va très bien, donc faites ce que vous voulez.
L’audience est suspendue, pour le repas. M Keller parle avec Dray et sa femme, et les avocats. Lorsqu’il revient à la barre ce n’est pas tout à fait le même homme. La leçon a été apprise. Malgré tout un incident va intervenir.
Le procureur : Lorsque vous traitiez les hypophyses douteuses pour les essais scientifiques, c’était avec le même matériel ?
Keller : Non, avec du matériel différent
Le procureur relit la déposition en 1ère instance qui dit le contraire
Keller : Le matériel de tamisage était différent (Il revient en arrière. Me Leclerc, entre deux assoupissements, râle tout haut parce qu’on embête le témoin, malade)
Le procureur : Et le nettoyage dont vous avez parlé ce matin, qui vous a donné l’ordre de le faire (membranes, os…)
Keller : Je n’ai pas de souvenir
Le procureur : Et les hypophyses coupées et les sales, F Dray les a vu ?
Keller : Oui je lui ai montré
Le procureur : Est-ce que l’on vous a dit que Montagnier parlait de risque de MCJ
Keller : Oui
Le procureur à F Dray : Comprenez ma colère. Est-ce que M Keller dit vrai ?
F Dray : NON, Il y a eu « télescopage mémoriel » chez Keller. Il ne se souvient plus, il confond. (ce que je veux dire par là c’est…est une phrase qu’il emploie très souvent, pour expliquer et compliquer en fait les choses…)

Témoin, Joëlle Chabry, 46 ans, directeur de recherche sur le prion à l’INSERM Antipolis.
(Jeune femme -par rapport aux autres intervenants- pétillante, en jean, santiag, plaisantant avec le Président et le procureur, pleine d’humour, mais sachant ce qu’il faut dire)

J’ai beaucoup de choses à dire. Elle va dire les phrases suivantes :
La décision de mélanger le monomère et le dimère n’est pas gênant pour l’infectuosité.
Prélever des hormones sur des personnes âgées n’est pas une bonne idée, malgré tout des personnes de 40 ans peuvent avoir des gènes de MCJ.
Depuis 1982/1983, on sait que le prion est hydrophobe (il reste collé sur tous les supports, matière plastique, verre, fer, donc sur les colonnes de chromatologie)
La théorie de Prusiner a été critiquée au début, mais pas l’ensemble de ses travaux.
Fabriquer des médicaments à partir d’extraction humaine est très dangereux.
Dormont a démontré que beaucoup d’injections de petites quantités d’hormones de croissance est plus dangereux que la même quantité injectée en une seule fois, donc surcontamination si beaucoup d’injections
Le traitement à l’urée dénature tous les agents, donc le rendement de l’hormone de croissance après passage à l’urée diminue beaucoup. Pour y remédier, il faut retirer l’urée par dessalage ou par dialyse, mais son activité biologique n’est pas régénérée complètement.
Elle explique le principe des colonnes. Contrairement à ce que nous pensions, les profanes en la matière, le gel ne retient pas les grosses molécules, il retient les petites. Les grosses, par leur masse, descendent très vite. Mais le prion étant hydrophobe, reste collé et ne tombe pas)

Le procureur voudrait entendre un autre témoin scientifique du même niveau, mais qui ne dit pas la même chose, en même temps que Mme Chabry.
L président Wacogne : Pouvez vous revenir ? oui, mais je n’ai pas de brosse à dent ! je peux vous en prêter une !

Détail de l’audience.


Audience 09h15.

Le président lit un courrier de Leclercq, courrier joint à la procédure le 12/10.2010, Courrier indiquant que Mme Bruggère-Picoux est membre du comité scientifique de Grandir.

Audition de M. Groh, François, né en 44, technicien à Pasteur
Président : racontez votre travail à l’Uria !
Groh : j’ai été recruté en 80, pour assister Keller dans la purification de l’hormone de croissance. J’y ai travaillé jusqu’en 88. Keller a été absent pendant 2 ans, puis il a été remplacé par Mme Gabellec. J’ai reçu mes instructions de Keller. C’était Dray qui était responsable de l’Uria. Je m’occupais uniquement de la purification de l’hormone de croissance. 2 semaines environ par purification. On faisait aussi certains contrôles sur l’activité de l’hormone, par rapport à un standard international. On faisait nous même au début des années 80. C’est Pasteur qui a pris ensuite la relève. Les contrôles étaient faits sur le produit brut, mais quelques fois c’était au retour de la PCH qui nous renvoyait le produit fini pour vérifier son activité biologique.
Président : Commencez par le tout début ?
Groh : Nous avions un cahier de collecte sur la livraison de tous les hôpitaux français. J’éliminais les hypophyses contre-indiquées. Ensuite, je préparais 400 hypophyses pour une purification. Je contrôlais la « partie théorique des hypophyses  » ( je pense que Groh a voulu dire qu’il contrôlait sur les papiers de prélèvements et non pas de visu les hypophyses).
Le président insiste pour que Groh explique la manipulation de A à Z (décongélation partielle pour les manipuler, les culots P3 résidus qui ne pouvaient pas servir pour la suite des opérations. ( Groh apparemment est un témoin frileux, il met de la mauvaise volonté évidente pour répondre clairement)
Groh : Il restait peu d’hormone présente dans ces résidus. Quand on avait suffisamment de culot P3, on refaisait une opération complète pour récupérer un peu d’hormone. Le produit passait ensuite sur un premier gel de purification ensuite sur un gel différent. Ce deuxième est la concalavaline. Le produit était toujours sur sa forme liquide, puis on faisait une concentration de la solution recueillie en bout de colonne. (300 ml environ de concentré). On recentrifugeait à grande vitesse. On repassait sur des gels (AC44 ou 54) On avait une séparation des molécules à la fin (dimère, monomère etc ). La lyophilisation était au final.
En 8O on séparait le dimère du monomère, je crois qu’il y avait des accords de la PCH pour livrer de l’hormone avec 25% de dimère et ce jusqu’en 85 date où on a arrêté de fournir du dimère. On ne se posait pas de questions sur ce mélange monomère/dimère.
En 85 sur ordres de Dray, on a dû adapter la technique de purification à l’urée.
La première fois à l’urée, cela a été fait sur le retraitement d’un lot de la PCH. On a retiré le dimère également. Sur 30 gr remis par la PCH on a retourné 21 gr après ce traitement à l’urée et le retrait du dimère. C’était à la mi-juin.
Sur les conditions matérielles de travail, locaux, matériel :
En 80, on avait du matériel d’avant garde, ce qui se faisait de mieux. Le broyeur était américain. On avait ce qu’il fallait. On achetait toujours du matériel performant. En 86, la PCH a exigé d’avoir du produit plus stérile sans pyrogène.

Les hypophyses bulgares étaient toutes « emballées » individuellement et congelées. C’était nous d’ailleurs qui fournissions les petits pots d’emballage. On pouvait donc voir de visu chaque hypophyse une par une donc un meilleur examen. De temps en temps, je faisais des remarques pour isoler une hypophyse qui paraissait bizarre. On faisait la même chose sur les hypophyses françaises. (cela me semble difficile pour des hypophyses qui voyageaient dans le même bocal, congelées ensemble, imbriquées les unes dans les autres)
A l’époque, les hypophyses françaises et bulgares n’étaient pas mélangées ensemble pour faire un lot. On ne fournissait pas d’hormones dimériques avec les hypophyses bulgares. C’est au niveau des culots P3 que le mélange a été fait. Mais ce n’est pas la nationalité qui fait que l’hormone était meilleure ou pas.
Le président lit la déclaration antérieure de Groh : le mélange des culots P3, Paris Sofia, qui ont donné environ 230 mmg d’hormone mélangée à un autre lot, car la PCH voulait des multiples de 5 gr. Le restant du lot était congelé puis complété d’un nouveau pool pour faire à nouveau 5 gr.
Président : Et ces pratiques en tant que technicien, vous paraissaient normales ?
Groh : Je ne pensais pas qu’un virus aurait pu être présent à ce stade de la purification. On savait en aval que la pharmacie faisait des contrôles. Normalement, on retenait virus et compagnie, la sécurité était à ce stade là. Il est arrivé que la PCH renvoie des lots ou il y avait trop de pyrogène. On retraitait et ça rentrait dans l’ordre.
Sur un lot Mémex, (bulgare) destiné à la science : (donc hormones douteuses)
Groh : On a fait un essai de purification pour un lot à usage scientifique. Au final, l’hormone était normale, on l’a donc inclus sous forme monomérique dans un lot à usage thérapeutique. (Ben tiens ! ! !) Il y avait à l’époque une stagnation des collectes françaises.
Président : 275 mmg monomère et 96 mmg dimère, 4 flacons de cette production ont été livrés à la PCH (Lot 82-54). Le pool juillet 82 a été fait avec des restes du pool de mai 82.
On a livré à Hennen en Belgique 1 lot dimérique pour ses recherches, en retour on a reçu du monomère. Lot 84 : 6 culots Paris et 4 culots Sofia. Les hypophyses que vous recevez de Belgique viennent en fait de chez Mémex, donc que du monomère.
Groh  : je ne sais pas pourquoi la PCH ne voulait que les monomères étrangers.
Le matériel utilisé :
Groh : le verre était auto-clavé où javellisé. Pour les colonnes, le gel était consommable donc pas utilisé éternellement. (Comme dirait Lalande c’est une litote : expression qui consiste à dire moins pour faire entendre plus) . Après le premier passage, on pouvait faire un relargage donc élimination des déchets. La colonne était reconditionnée pour être opérationnelle pour un deuxième passage. Le plexiglas de la colonne était javellisé. Le gel était donc lavé et retraité. C’était du consommable. Le 2° gel, la concalavaline était aussi utilisée plusieurs fois après nettoyage. Au bout de quelques semaines ou mois, on remettait du gel neuf. En 80, la phase concalavaline était déjà mise en place.
Dray à la barre sur la livraison d’une hormone monomèrique d’origine bulgare à la PCH :
Dray : C’était pour faire une comparaison clinique entre lots français et lots bulgares car les lots français étaient composés de dimère et monomère. C’était pour une meilleure efficacité.
Président  : en mai 85, vous cosignez un rapport destiné au ministre, dans lequel la fraction dimère n’apparaît pas ?
Dray : Je pense qu’il y a eu un mauvais titre de ce texte. C’était un rappel de la technique à venir et non pas celle que je faisais (utilisation dimère et monomère)
A. Général : je ne vous crois pas un instant quand vous dites que vous vouliez faire un état comparatif. Mme Mugnier était-elle au courant de ces essais comparatifs ?
Mugnier : je n’étais pas au courant de cette recherche, mais je n’étais pas au courant de tout
A. Général : votre souhait à ce projet, savoir comment les enfants réagissaient au dimère ou au monomère seul ? Cette comparaison avait été faite avec de l’hormone française, je ne comprends pas ?
Dray : Vous m’avez traité de menteur dès le début ( Dray s’énerve) Quelles autres pensées, vouliez vous que j’ai ? Vous m’avez traité de menteur ( énervement de Dray encore)

Leclercq intervient. Brouhahas dans la salle. Mise en garde du président
Dray  : tout a été discuté en C.A de France. Hypophyses

Dray s’énerve et se plaint de recevoir « toutes les flèches. »

A. Général sur le fait d’utiliser le dimère et monomère pour faire soit disant des tests : cela n’est pas crédible !
Leclercq intervient de nouveau pour calmer Dray et lui demande de répondre calmement.
Dray relate la collecte bulgare….. On s’enlise !

Honnorat parle des C.A de France. Hypophyses sur l’utilisation des culots bulgares. Dray se reconnaît responsable du travail de François Groh.

Président : M. Dray, je ne suis pas d’accord avec vous. M. Groh a dit qu’il ne faisait que des lots français ou bulgares, mais on a aussi mélangé les deux.
Président : à M. Groh : Pourquoi ces mélanges ?
Groh  : Je n’ai jamais eu d’instructions pour mélanger les hormones. Il n’y a pas eu de mélange de lots, les seuls mélanges de lots étaient au niveau des culots. Ce n’était pas une instruction de Dray.
Président : c’était donc une initiative ?
Groh : Non, on complétait des lots, c’est tout (Bravo la langue de bois..). Je n’ai jamais eu d’instructions de Dray pour mélanger les culots.
Président  : en mai 85, vous êtes allé à Liège chez Hennen, il y a eu un problème, racontez !
Groh  : c’était au retour. Le 14 mai 85, la PCH m’a renvoyé 30 gr de poudre pour éliminer le dimère et le coursier devait repartir avec un lot de 5 gr. ( en fait un lot non retraité à l’urée, lot 85-50, 5000 doses de 1 mmg).
A. Général : vos diplômes ? Vous êtes allé chez Hennen, êtes allé dans un labo privé ?
Groh : un BTS en chimie. Non je ne suis pas allé dans un labo privé mais je crois savoir qu’Hennen travaillait pour le gouvernement belge.
A. Général : En fait ces hormones étaient refusées car elles contenaient trop de pyrogène.
A. Général : le tri des hormones ?
Groh : J’ai fait un lot expérimental à partir d’hormones douteuses
A. Général : les contres indiquées et les douteuses ?
Groh  : Les contre indiquées étaient détruites au javel, les douteuses étaient en lot expérimental.
A. Général : avec quel matériel ?
Groh  : le même mais le gel était éliminé et les colonnes lavées
A. Général : je constate que vous avez utilisé le même matériel pour faire de l’hormone à partir d’hypophyses douteuses !
A. Général : 400 à 500 hypophyses ensemble, combien de poudre ?
Groh  : laquelle monomère dimère ? On avait 2,5 gr de monomère.
A. Général : vous livrez à la PCH des chiffres ronds (5gr). Vous additionnez donc le lot avec un autre pour arriver à ce multiple. C’est donc plus de 500 hypophyses. Donc, s’il y avait eu un pépin, il se retrouvait mélangé, une contamination ?
Groh : Quel pépin, quelle contamination ?
A. Général : expliquez le risque, comme en mélangeant les lots ? Les culots P3 ?
Groh  : Ce n’est pas mon initiative, ça existait déjà à mon arrivée.
A. Général : si on ne jette pas les culots, c’est qu’on s ‘en sert, sinon cela ne sert à rien. On mélange les culots P3 (Paris et Sofia) pour obtenir quelques grammes en plus. D’où vient ce disfonctionnement de mélanger ces culots ? Il est difficile de trouver l’historique des lots avec tous ces mélanges.
Groh : non, il y avait une traçabilité, on savait ce qu’il y avait dans ces lots.
A. Général : Sur la sortie inopportune des 5 gr, non retraité à l’urée, sur une petite structure comme l’Uria, on est sur la tradition orale, tout se dit entre collègues, les écrits existaient peu. C’est pour cela que vous n’étiez pas au courant qu’il ne fallait plus livrer la PCH ? Dray venait pourtant au labo !
Groh  : il avait son laboratoire en face du nôtre.

Leclercq demande la parole pour Dray.
Dray : C’est scandaleux de dire que je ne m’occupais pas de l’hormone. C’est un euphémisme, j’étais un « travailleur acharné « 
Honnorat : combien de temps durait une manipulation complète ?
Groh  : il faut 10 jours environ plus quelques jours pour avoir le produit sec.
Honnorat : pouvez vous donc commencer une autre manipulation pendant que la première était en cours ?
Groh : Oui nous avions un autre endroit
Honnorat  : vous traitiez donc 2 manipulations mais pas au même stade d’avancement ? Vous passiez donc d’un endroit à un autre. Connaissiez vous l’expression « sens unique » ?
Honnorat parle ensuite des fractions dimères, ce qu’elles contenaient exactement, les pourcentages
Mor : l’action de l’urée ?
Groh : je ne sais pas. Mor parle des compétences de Groh, s’il a déjà travaillé en labo privé, les comparaisons entre son travail de labo à Dakar et l’Uria. Y avait il une salle blanche ?
Groh : pas de salle blanche, une chambre stérile jusqu’en 85.
Mor  : les colonnes, le prix ?
Groh : a l’époque, je crois 5000 francs les 100 mml.
Fau parle du courrier de Mugnier sur le « bordel » à l’Uria.
Groh : c’était l’époque ou j’étais seul. Nous avions le feu vert de France Hypophyses pour utiliser les douteuses. Avec toutes les hypophyses douteuses, j’ai fait un lot à but scientifique.
Fau : Vous avez dit « Keller m’a indiqué de ne pas utiliser d’hypophyses contaminées »
Groh  : C. Indiquées j’ai du dire.
Triboulet : Il est indiqué que c’est Mme Claude Gros qui a commencé à mélanger les culots P3 ?
Groh : je ne sais pas, je l’ai vu très peu.
Triboulet parle ensuite des lots américains (5000 à 20 000 hypophyses mélangées en même temps).
Dray interpelle le président : » Si j’ai déjà dit des choses similaires, faites moi signe : : ».

Fin audition de Groh 12H15.

Audition de Keller 12h20.

Keller, Michel, retraité technicien biochimiste, ensuite micro-informatique.

Grand, avec cheveux longs gris blanc, moustache tombante blanche, dégingandé, assez hippie des années 70…
Président : votre action à l’Uria ?
Keller : C’est vaste, 10 ans de travail ! J’ai une maîtrise de biochimie, j’ai étudié les techniques de purification de l’hormone de croissance en 73, avec Dray. Egalement avec Hennen à Liège. Les techniques ont évolué au fur et à mesure des connaissances et des résultats. On avait une pièce, un local dans un ensemble utilisé par Dray plus une chambre froide utilisée aussi pour d’autres expériences de Dray. Ensuite on a eu un labo dédié à l’hormone seule. Début 81, j’ai eu un accident de ski qui m’a bloqué pendant 2 ans. Je suis revenu en 83. François Groh m’avait remplacé. J’ai continué avec lui jusqu’en 84. Ensuite je me suis occupé d’informatique pour Pasteur.
Keller se lance dans son histoire d’informatique et le président doit le recadrer sur les faits.
Il parle ensuite de la purification du début à la fin. Tri des hypophyses si nécessaire et purification. Le monomère et le dimère étaient rassemblés ensuite. La décision, je crois à été prise par France. Hypophyses pour soigner un maximum d’enfants. Le dimère avait une action, je crois de 85% par rapport au monomère.
Keller, apparemment fatigué tient un monologue lent et monotone.
On a essayé ensuite une technique à l’urée. Mais cela n’a pas été satisfaisant.
Parle des phases de la collecte : douteuses et impropres. On éliminait une sorte de dissection sur une paillasse, en chambre froide ou à température ambiante. Cela pouvait dénaturer le produit.

Fin audience à 13h15.

Reprise audience avec Keller à 15h15.

En préliminaire, le président annonce que nous avons pris du retard et que ce procès ne peut être prolongé après la date butoir du 24 novembre 2010 pour cause d’utilisation de la salle. Il propose donc aux avocats présents des dates supplémentaires d’audience les jeudis 21/10, 04 et 18/11. Brouhahas des avocats et prise de parole du bâtonnier qui indique des difficultés dans les agendas des uns et des autres. A voir pour la suite du procès……………….

A. Général : 3 types d’hypophyses : saines, douteuses et contres indiquées. Vous avez fait des expérimentations sur les douteuses, les contres indiquées ont été jetées. A quoi servait donc de ramasser ces c. indiquées et ainsi d’engorger les congélateurs de l’Uria ?
Keller  : A rien, il faut demander cela aux pédiatres.
A. Général : Sur les contres indiquées, une fois vous en avez eu avec de la Mcj.
Keller  : C’est vrai c’était au début des années 80.
A. Général : Quels intérêts de rapporter cela à l’Uria ?
Keller  : demander à France. Hypophyses.
A .Général : Sur les douteuses, le matériel était le même.
Keller : A mon idée, pour la plupart des matériels c’est non (Keller parle de la lessive des outils et de la stérilisation)
A.Général : Qui vous a dit de nettoyer les hypophyses avant purification ?
Keller : Je ne me souviens pas, peut être le conseiller en biochimie, mais je ne crois pas me souvenir que ces hypophyses étaient françaises.
A.Général : la note de Montagnier sur la dangerosité du tissu adjacent ?
Dray s’énerve sur les questions posées par l’avocat général à Keller.
A.Général : M. Keller ment.
Dray : non, je ne suis pas un animal, je ne suis pas un idiot (sur le ton de la colère). M. Keller a reçu un flacon marque rage et Mcj. Chez Keller, il y a eu un « télescopage mémoriel » (ouah, Dray se transforme en psychiatre). Il est allé voir Montagnier. Il y a un transfert de la mémoire, il a des problèmes de mémoire. Je connais son honnêteté et ses scrupules. Il est sous traitement.

Le président lit le rapport sur l’arrivée des hypophyses à l’Uria. Keller fait machine arrière sur ses dires. Néanmoins, il confirme bien avoir reçu des hypophyses en très mauvais états.
Keller  : je confirme bien, les hypophyses bulgares étaient plus lourdes parce qu’elles avaient plus de crasse autour. Dray confirme même avoir renvoyé un lot chez Mémex à Sofia, un lot qui était trop sale.

Ensuite Honnorat parle des essais décevant à l’urée.
Mor  : le relargage ?
Keller :Nous avons utilisé deux à trois fois les mêmes gels de chromato. Nous faisions des rinçages provoquant le largage, on rinçait également les gels.
Mor : sur le contrôle des hypophyses ?
Keller  : on jetait un coup d’œil en versant le flacon dans un récipient de broyage. En fait les hypophyses étaient congelées entres-elles. C’était mieux pour le broyage car si on les décongelait on perdait de l’efficacité. On jetait un coup d’œil grossier. Les hypophyses bulgares pouvaient mieux être contrôlées car emballées individuellement. Sans aucun doute, j’ai pu laisser passer des hypophyses pas très bonnes.
Mor : Vous avez vu Montagnier suite au problème du cas de rage.
Keller  : J’ai suivi les travaux de Latarget. Il aurait fallu mettre un cran de plus dans la purification pour éviter le virus de la rage et avoir deux labos, l’un de recherche, l’autre de production.
Fau : Sur la purification à titre scientifique à partir d’hypophyses C. Indiquées donc dangereuses. Est ce habituel ?
Keller  : les gels étaient utilisés pour une purification normale, puis lavés ensuite nous nous en servions pour faire cette purification d’hypophyses douteuses. Les gels étaient ensuite détruits . (Keller se rend compte qu’il fait peut être une erreur et fait marche arrière) Mais je dois me tromper. Sur le travail des hypophyses refusées. Ce n’est pas le même matériel qui a été utilisé.
Fau : Vous avez donc une moins bonne mémoire il y a 16 ans que maintenant. Ca paraît bien de la confusion mémorielle.

Dray confirme que Keller a toujours détruit les hypophyses contre indiquées.

Fin audition de Keller 16h45.

Audition de Mme Chabry 16h50.

Chabry, Joëlle, 46 ans, directeur recherche Inserm Sofia antipolis.
Je dirige une équipe de recherche depuis 2000 sur le prion. Parle des maladies à prions et de la technique de purification. Le poolage du monomère et du dimère n’a pas ajouté de risque à l’infectuosité. Le prion résiste pratiquement à tout. Prélever des hypophyses chez des personnes âgées n’était certainement pas la meilleure solution, il aurait mieux valu prélever chez des sujets jeunes mais malgré tout on n’avait aucune garantie.
Ensuite Chabry répond aux questions des avocats Triboulet, Leclercq, Mor et Honnorat.

Mor : les mesures à prendre en 80 ? Comment se prémunir ?
Chabry  : Utiliser des tissus humains est très dangereux. Il faut faire attention aux bactéries, parasites et virus.
Honnorat : l’étude sur l’injection à doses minimes du prion ?
Chabry : Etude de Dormont sur des souris. Injections sub-létales (souvent). Il s’est avéré qu’une injection en une seule fois ne déclenchait pas la maladie. Effets cumulatifs des injections.
Mor  : Sur l’inactivation à l’urée.
Chabry : Le prion était dénaturé en même temps que l’hormone mais on peut renaturer l’hormone par dessalage ou dialyse par exemple alors qu’on ne peut pas avec le prion. L’hormone perdait juste un peu de son efficacité. Cette façon de faire était connue des labos.
A.Général : le poids moléculaire du prion ?
Chabry : En dessous de 5 molécules, le prion n’est pas dangereux en soit
A. Général : les colonnes, les grosses molécules de prion ?
Chabry : Les grosses molécules traversent rapidement le gel suivi de l’hormone, ensuite les petites molécules de prion hydrophobes se collent partout et sortent avec l’hormone.
Leclercq reparle des connaissances de l’époque en 85.
Honnorat  : la réutilisation des colonnes ?
Chabry : Il est évident qu’il vaut mieux jeter les colonnes, pas les réutiliser. Egalement pour les gels. On ne peut garder le matériel qui résiste à la soude ou au javel.
Dray pose une question sur le travail de Dormont : Question très technique sur les faibles doses.
Chabry  : je ne peux répondre, les essais n’ont pas été faits.

Le président fait remarquer que 18h00 approche et qu’il faut impérativement libérer la salle pour une autre activité (du cinéma à ce que j’ai pu voir, et oui) Il demande si on peut libérer le témoin.
A.Général : j’aurai aimé interroger en même temps Mme Chabry et un autre témoin scientifique qui a une autre approche sur la purification.
Président : Mme Chabry, je crois qu’il va falloir revenir une nouvelle fois.
Chabry  : je n’ai pas de brosse à dent !
A.Général : qu’à cela ne tienne, je peux vous en prêter une ! ! ! !

Fin audience 18h00

— Mme Chabry a été appelée à la barre par les avocats de la défense. Pour notre part, nous avons trouvé qu’elle a été honnête dans ses propos, avec un parlé scientifique sans essayer d’influencer qui que ce soit—