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Nouvelles juridiques

Procès en appel semaine 42 (18/10/2010)
(samedi 23 octobre 2010)

Journée consacrée à l’audition des témoins et expert
 Pr Michel Goldberg
Pr Catherine Rougeot
Pr Serge Baron
Pr Georges Hennen
M Maillard (Sérono)
M Stéphane Calmar (Nordisk)
Mme Marie Gabrielle Laborde (Pfizer (KABI))

PROCES EN APPEL HORMONES DE CROISSANCE

COUR D’APPEL DE PARIS LE 18 OCTOBRE 2010

 =-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

Synthèse

Témoin, Michel Goldberg, 72 ans, biochimiste, professeur à Pasteur

Il va parler essentiellement de Cohen, pour en dire du mal, parce qu’il a écrit un rapport avec beaucoup d’erreurs, une méconnaissance de la science du prion, beaucoup d’interprétations erronées, d’après lui. Il expliquera d’une façon assez claire le principe de colonne de chromatographie et le principe de fractions (récupération chronologique de particules différentes en fonction de leur masse moléculaire). (Avec Mme Chabry la semaine précedente, lui cette semaine et surtout Deslys mercredi, nous arrivons à bien comprendre le principe et voir qu’il n’a pas toujours bien fonctionné : Il a oublié, dans sa belle démonstration, que le prion est hydrophobe, donc il colle sur les parois et du coup ne respecte pas la vitesse de descente dans les colonnes, donc qu’il peut sortir en retard et venir se mélanger dans d’autres fractions de masse moléculaire différentes)

Témoin, Catherine Rougeot, 60 ans ; chef de laboratoire à l’URIA

Un autre témoin venu pour démolir le rapport de Cohen, mais son attitude, se propos assez confus ne nous ont pas convaincus.
(D’ailleurs nous retrouvons cela dans tous les témoignages qui veulent à tous prix « descendre » ou « encenser » une des deux parties. Ils ne se basent pas sur des faits incontestables, mais plutôt sur l’affectif, et l’excès nuit souvent à leur crédibilité. Est-ce perçu pareil par la Cour ? Il faudrait leur demander !)

Témoin, Serge Brion, 88 ans, neurologue psychiatre.

Un témoin qui se fait plaisir en retraçant tout l’historique de la MCJ. (A-t-il pensé que les gens qui sont dans la salle écoutent et lisent tout ce qui se dit ou s’écrit sur la MCJ depuis 20 ans pour certains, un peu moins pour d’autres…)
Il est là pour dédouaner F Dray, il le fait, il fustige la collecte sans restriction. A la fin F Dray, en bon camarade, prend la défense de E Mugnier, en rappelant qu’il ne faut pas confondre extraction et collecte. Par contre F Dray oublie que les lieux d’extraction et le type de « donneur » est défini par E Mugnier, qu’une hypophyse sans fiche de suivi n’est pas acceptée par les laboratoires industriels…
Témoin, Georges Hennen, 16 11 1936, Laboratoire de liège, Belgique

Dans ce témoignage, on sent le respect entre 2 directeurs de laboratoires qui se connaissent depuis longtemps, mais aussi une divergence importante sur la rigueur et le bon sens, dans les détails, même dans leurs méthodes et leurs applications.
Par exemple le tamisage à Liège permettait de ne garder que les monomères (méthode plus rigoureuse) et G Hennen de compléter : Pourquoi faire un travail long et difficile si l’on doit mélanger le dimère après (bon sens). Il dira aussi jamais nous ne retravaillons les culots P3 pour l’extraction des hormones de croissance, mais pour d’autres produits oui ; les conditions et le suivi des extractions étaient rigoureux ; passage d’un laboratoire de recherche vers un laboratoire industriel lorsque le processus a bien été validé. (Ils sont bons amis, mais on ne compare pas un belge et un français…)

Témoin, François Maillard, 64 ans Sérono, travaille toujours (31 ans chez sérono)

Après avoir expliqué la fabrication chez Sérono, beaucoup plus stricte qu’en France, il répond à des questions.
Nous ne fabriquions que du monomère (-de 5% de dimère)
Quelle contrôle aviez vous sur les hypophyses à leur arrivée ? Nous avions toujours la fiche de suivi du médecin, le prélèvement était effectué par une société, chaque hypophyse était identifiée.
En 1985, nous avons fait un zonage du laboratoire pour qu’il ne puisse pas y avoir de cross contamination
Pourquoi l’AMM demandée par Sérono n’a pas été acceptée en France ? Je ne sais pas, je travaille en Suisse.
Quelle précaution contre les pyrogènes ? Four à 200° pour l’ensemble des matériels, papier aluminium, nettoyage, le tout 2 fois. Nous recherchions les pyrogènes sur la poudre finale, avant lyophilisation.
S’il y avait des pyrogènes ? Nous retraitions, s’il en restait encore, nous jetions, c’est une bonne pratique de fabrication, en respect avec les normes d’AMM.

Témoin, Stéphane Calmar, 57 ans, Pharmacien Chez Nordisk

Pareil il explique la fabrication chez Nordisk et répond à des questions.
Est-ce que Dray aurait pu visiter votre laboratoire ? Je pense, oui. Nos process de fabrication sont décrits dans les procédures d’AMM.
Chaque lot est éclaté au moment du médicament final, mais il est tracé.
Pharmacien responsable couvre la qualité du produit, donc tout le cycle de fabrication, la pharmacovigilance et le contrôle des informations médicales
Le cycle de fabrication commence par le contrôle de la matière première (extraction), la production ensuite te le cycle de mise en vente.
Le pharmacien responsable est obligatoire et rattaché au site de production (URIA pour ce qui concerne la France)

Témoin, Marie Gabrielle Laborde, Pharmacien ? directeur de site de production chez Pfizer

Kabi a été racheté par Pharmacia, racheté par Pfizer. Elle était étudiante à l’époque des faits et n’a connaissance que par étude des archives de KABI. Elle parlera des procédures très strictes d’exclusion pour l’extraction, des règles de fabrication, de la traçabilité et de transport. Mais elle reste sur la réserve, n’étant pas là au moment des faits.
(Me Triboulet, toujours désagréable, sans doute la promiscuité de Me Leclerc, cherche à mettre les témoins en porte à faux en disant untel vous connaissez, il a dit que…le témoin a du mal à contredire car c’était quelqu’un de haut placé à l’époque.
Puis vient E Mugnier pour embêter MG Laborde. On a l’impression qu’elle se venge. Elle donne des leçons sur les bonnes pratiques de fabrication, elle qui travaillait d’une façon très dilettante, à une personne qui semble carrée et honnête. Comme c’est la fin de l’audience sur ces propos les personnes en parle dans les couloirs du tribunal et trouvent l’attitude écœurante.)

Compte rendu détaillé de la journée

Témoin, Michel Goldberg, 72 ans, biochimiste, professeur à Pasteur

Une tentative au début pour essayer de se mettre les parties civiles dans la poche, il parle de la perte d’un gendre, 3 mois après le mariage. Visiblement personne n’a la larme à l’œil, le ton n’y était pas.

Mon témoignage n’est pas une contre-expertise. Mais l’interprétation des faits est erronée. (ça commence bien) L’analyse du rapport de Cohen lui a été demandée par Pasteur. L’examen qu’il va faire n’est pas exhaustif, mais il va utiliser des exemples.
Il fait une présentation du prion non pathogène, par vidéoprojecteur, simplifié. Il montre les points d’accroche des protéines de sucre. D’ailleurs là-dessus Cohen dit une grosse bêtise.
Il explique le tamisage moléculaire. (Je pense que nous avons tous compris, Mme Chabry nous avait donné le même cours la semaine dernière)

Les petites protéines entrent dans les billes poreuses, les grosses molécules, qui ne peuvent pas entrer, passent entre les billes.
Donc petit à petit, les grosses molécules sont descendues et les petites descendent plus doucement.

Comme le poids moléculaire des différents molécules est :

Prion infectieux>dimère>prion non infectieux>monomère

Cela va donner des ensembles (fractions) qui sortiront de la colonne dans un ordre établi, cela permet qu’il n’y ai pas de mélange entre le prion infectieux et le monomère.

(Il oubli de dire une chose surtout : c’est que le prion est très collant, donc descendra d’une façon aléatoire de la colonne et cette belle démonstration ne semble pas tenir la route, mais aucun des avocats des parties civiles ou le procureur n’a relevé ce point, clairement expliqué la veille par Joëlle Chabry)

A l’époque tout le monde pensait que le prion était un virus lent donc tous les laboratoires travaillaient avec une stérilisation à 120° pendant 20 à 30 minutes. Mais c’était totalement insuffisant pour détruire le prion qui est terriblement résistant. Il faut le stériliser pendant ¾ heure à 140° dans un bain de soude concentrée (mais en faisant cela l’hormone aussi aurait été détruite)
Le prion n’est pas contagieux, il est transmissible. Dès que la présence était évoquée il fallait prendre les mesures ad hoc, c’est-à-dire le traitement à l’urée.
Le prion n’a pas pu être introduit pendant la fabrication, la seule possibilité est que le prion a été introduit dès le départ par la collecte . (Il déblatère de nouveau sur Cohen disant que son rapport est un ramassis d’inepties…Ah ! l’ambiance quand ils se croisent doit être très chaleureuse !)

Président Wacogne : En 1ère instance vous avez dit que le mélange de lots différents ne pouvaient entrainer qu’un plus grand risque de contamination
M Goldberg : Ma langue a du fourcher, le mélange de dimère et de monomère ne créé pas de problèmes.
Président Wacogne : Il explique qu’il parlait de lot et pas de fractions
M Goldberg : Ah ! si c’est des lots que vous vouliez parler, vous aviez raison, ça peut-être un facteur de contamination.
Me Triboulet : En 1ère instance vous aviez dit qu’avec l’absence de connaissance du prion le mélange pouvait se faire
M Goldberg : Oui, c’était une pratique courante
Président Wacogne : Vous avez analysé 3 rapports, à la demande de F.Dray, écrits par : :
M Drosty
Ms Cohen et Delsys
Ms Cohen et Delsy

Pou le 1er rien à dire, il a démontré que la préparation il y a des traces de prion, mais pas de prion infecté. Mais il pouvait être infecté, Il venait de la collecte
Pour l’autre je suis aussi critique que tout à l’heure : Il est sur la préparation hétérogène. Il y a autre chose que de l’Hormone de croissance dans la préparation, mais c’est normal. Il y a beaucoup d’autres choses, même si c’est une protéine, rien ne prouve que c’est du prion. Les experts disent qu’il n’y a pas d’autres protéines que de l’hormone de croissance donc c’est homogène. Les experts ont dit n’importe quoi !

Mor : Pourquoi votre analyse est-elle plus indépendante que celle des exprts ?
M Goldberg :Je n’ai que ma conscience
Mor : Donc les experts judiciaires n’ont pas de conscience !
M Goldberg : Je n’ai pas dit cela
Mor : Quel est le poids en dalton du prion pathogène ?
M Goldberg : C’est très dur à dire car la taille varie, donc le poids aussi. Le prion non pathogène pèse 25 000 dalton, celui du prion pathogène 5 fois plus donc 125 000 dalton.
Mor : Comment le savez vous ?
M Goldberg : C’est dans la littérature.
Mor : Pourquoi avoir confiance en vous, si vous ne citez pas vos sources
Pourquoi mettre de l’hormone de croissance non pure à des enfants ?
(Leclerc bougonne comme à son habitude)
M Goldberg : On ne sait pas si elle est pure. Même si elle est pure elle peut se détériorer dans le temps, donc il peut y avoir de l’hétérogénéité.
La même hormone de croissance sans passer par la PCH est parfaite.
Celle passée par la PCH est devenue impure !
Mor : Le prion pathogène n’est jamais monolithique. Pourquoi mettre des dimères ?
M Goldberg : on ne le savais pas en 1980, on le croyais très gros !
Honnorat : Dans le schéma sur l’hétérogénéité il pouvait y avoir des prions pathogènes ?
M Goldberg : Je ne sais pas. Je ne conteste rien.

Dray prend la parole. Il rappelle pour la nième fois le mélange des hypophyses et les lots de 20000 hypophyses aux USA. Le président lui fait remarquer

Témoin, Catherine Rougeot, 60 ans ; chef de laboratoire à l’URIA

Femme bien conservée, pédante, imbue de sa personne.

Je travaille à Pasteur, en 1974, j’ai commencé dans une unité de recherche chez Dray pendant 14 ans. Je suis responsable de la mise au point de la quantification des petites molécules. M Cohen est venu à maintes reprises dans mon laboratoire à cette époque. Pourquoi un étonnement, l’analyse a été faite par Cohen, mais je suis là pour parler de mon rapport, mais Cohen a interprété pour l’origine. Je peux détaillé si vous voulez. Je ne suis peut-être pas claire ?
Président Wacogne : Je vous le concède !
C Rougeot : L’analyse comparative est réservée à des laboratoires de haut niveau, comme le mien.

Pour faire des comparaisons il faut que tout soit équivalent, les experts auraient du le prendre en compte Les lots venants de la PCH n’étaient pas identiques, donc c’est normal de ne pas pouvoir les interpréter, et d’en tirer des conséquences.. (Elle n’est vraiment pas claire, mélange des chiffres détaillés, des données générales, c’est extrêmement difficile de savoir de quoi elle parle.)
Malgré tout à la demande du Président Wacogne, elle confirme que le stockage de plus de 15 ans des lots d’hormone à du les détériorer, on ne sait pas dans quelles conditions elles ont été stockées.
Me Triboulet : Quel souvenir vous a laissé votre patron Dray ?
C Rougeot : Un homme très rigoureux, soupe au lait, exigeant, appréciant la réactivité des gens. Ce n’était pas facile tous les jours de travailler avec lui, en fonction de son caractère.
Me Triboulet : Quel souvenir de Paul Cohen.
C Rougeot : Il a soutenu ma thèse, il venait souvent chercher des réactifs dans mon laboratoire, il connaissait bien le groupe neuroleptique de Pasteur.
Me Triboulet : Est-ce que les conclusions du rapport de M Cohen vous ont surprise ? non maîtrise du processus, non respect de la fabrication ?
C Rougeot : L’excès de ces conclusions m’a beaucoup surpris. J’en ai conclu que le rapport était très émotionnel, donc il devait être très en colère après Pasteur.
Me Triboulet : Pourquoi ?
C Rougeot : Il a été très mal reçu par les personnes qu’il voulait auditionner(expulsé de Pasteur) alors qu’il avait soutenu beaucoup de leurs thèses.
Me Triboulet : Qu’analysiez-vous ?
C Rougeot : La qualité biochimique de l’hormone de croissance
Me Mor : Avez-vous eu connaissance des résultats des tests sur le lot 85029 ?
C Rougeot le commissaire m’en a parlé
Me Mor :connaissiez vous le résultat : Alarmant ?
C Rougeot : Je ne m’en souvenais pas !
Me Mor : Est-c que Dray a réceptionné les résultats ?
C Rougeot : ça se peut, mais il y avait un destinataire sur le papier ?
Me Mor : Pourquoi pas de réexamen d’un lot de le résultat est alarmant ?
C Rougeot : Qu’est-ce que vous appelez alarmant ?
Me Mor :
Vous avez fait preuve de partialité en accusant Cohen, ce sont des accusations très graves.
C Rougeot : Il n’a pas tenu compte des conditions de stockage. Donc c’était un manque de discernement, de prudence. Il arrive directement aux conclusions
Me Mor : Est-ce normal que l’on interdise l’accès de Pasteur à Cohen ?
C Rougeot : On aurait du le recevoir. Si j’avais été là, cela ne se serait pas passer come cela.

Témoin, Serge Brion, 88 ans, neurologue psychiatre.

Il a fait sa thèse sur la MCJ
(Il se fait plaisir à nous refaire l’historique de la MCJ, tout y passe, et dans le détail, Kuru, scrapie, Ne lui jetons pas la pierre cela nous arrive aussi…)
Ma conclusion : La responsabilité vient de la collecte car après on ne pouvait pas éliminer le prion.
Me Szpiner : C’est bien la collecte ?
S Baron : : Oui
Me Szpiner : Négligence ?
S Baron : : Non, il fallait passer par les anatomopathologistes et non par les garçons d’amphithéâtre
Me Szpiner : et la méthode d’extraction Ballouet ?
S Baron : Bien sûr. Même Orcel l’avait interdite dans son service. Il fallait que le contrôle soit fait à l’hôpital par autopsie du cerveau des cadavres

Me Szpiner : : Il aurait fallu prendre des précautions ?
S Baron : :Oui, il fallait augmenter les précautions. On ne peut pas avoir la connaissance de la maladie par examen histologique (donc pas à l’URIA). A partir de 1981, ça dérape, à cause des anatomopathologistes. France Hypophyse était au courant.
L’avocat général : Les laboratoire ont eu 0 victimes, sauf en Nouvelle Zélande.
S Baron : : Oui, mais l’origine était bien vérifiée, alors qu’à Pasteur on lui donnait des hormones pourries !
Avocat Général : Vous avez fustigé la collecte ? C’est la seule responsable ?
S Baron : :Pas unique. Mais dans tous les cas que j’ai vu il n’y avait pas d’ anatomopathologistes.
Avocat Général : Il y en avait avant ?
S Baron : : oui, il contrôlait les cerveaux. A partir de 1981, vu le nombre d’extractions, c’étaient des garçons d’amphithéâtre et pas des anatomopathologistes qui les faisaient. Cela à beaucoup augmenté le risque.
Dray revient en disant que encore on confond deux choses, l’extraction et la collecte. (même s’il a raison sur cette confusion, si Elisabeth Mugnier avait fait respecter les règles d’extraction données, semble-t-il par la PCH, elle se serait aperçu que les extractions n’étaient pas réalisées suivant les règles prescrites)

Témoin, Georges Hennen, 16 11 1936, Laboratoire de liège, Belgique

Mme Claude Gros est venu à Liège en 1973 pour apprendre la méthode de purification et la transférer à Pasteur. Entre 1973 et 1983, il n’y a pas eu de cas de MCJ. Donc quelque chose a du changer en 1983 ou après, mais quoi ?
La collecte
Les méthodes
La Fraction
La méthode de purification est déterminante, et est la clé du drame.
La collecte des glandes était très stricte et difficile dans l’Europe du Nord. En 1977 il y a eu un changement en Belgique, nous avons introduit une méthode très sophistiquées pour éliminer tout ce qui n’avait pas la taille exacte du monomère (23 000 daltons)
PW : Quelle organisation en Belgique,
G. Hennen : L’université de Liège a traité 2 patients en 1973 et tout est OK (programme de collecte, purification et traitement Belge). Ensuite c’est passé par UCB (société industrielle ?) en Belgique. Il y a eu quelques cas qui ont eu des chocs thermiques, du aux pyrogènes, mais pour le reste c’est OK. Nous n’avons enregistré aucun cas en Belgique, quelque soit le fournisseur.PW : votre laboratoire travaille sur d’autres choses ?
G. Hennen : Oui, ,plusieurs dont beaucoup de recherche fondamentale
PW : Vous avez signé une convention entre vous et Pasteur ?
G. Hennen : Oui, en 1979, et nous avons fait des échanges de produits, 970mg en 1983, 8 ou 9g en 1984 et en 1985. La raison de cet échange était une thèse d’un étudiant sur l’étude du dimère, avec une exclusion de la taille moléculaire différente de celle du monomère ; nous n’avions pas de dimère alors que Pasteur en avait, donc nous avons reçu du dimère et renvoyé le poids correspondant en monomère. Il faisait une étude analytique très précise pour savoir s’il y avait d’autres molécules avec.
PW : Pourquoi n’utilisiez vous que du monomère ?
G. Hennen : C’est une question de bon sens. Pourquoi faire un tel travail pour purifier du monomère, et lui rajouter du dimère ensuite ? l’URIA a reçu la charte complète de Liège.
PW : Est-ce que cela comportait un risque ?
G. Hennen :N’étant pas au courant du risque, et comme la demande était très forte, il n’était pas déraisonnable d’ajouter la fraction dimère. Rétrospectivement, on voit qu’il n’y a pas eu de problème avec le monomère
PW : Quelle réaction quand KABI arrête.
G. Hennen : Gros choc technique, nous avons retiré tout ce qu’il y avait chez les patients. Mais nous avons cru au complot avec l’annonce commerciale de l’hormone de synthèse.
Avocat Général : Lors de l’importation de votre méthode avez-vous vu F Dray ?
G. Hennen : Nous avions beaucoup d’échanges
Avocat Général : Avez-vous vu l’URIA ?
G. Hennen : J’ai vérifier que cela pouvait fonctionner techniquement, nous avons même donné des pièces.
Avocat Général : Au départ, oui, mais après en routine ?
G. Hennen : Non, jamais
Avocat Général : Vous aviez un usage habituel de l’urée à Liège ?
G. Hennen : Oui, après un séjour en Californie en 1966 puis à partir de 1970 d’une façon permanente, mais cela n’avait rien à voir l’hormone de croissance. L’urée à un effet dénaturant, donc on ne savait pas comment vont se comporter les protéines.
Avocat Général : Luttiez-vous contre les pyrogènes ?
G. Hennen : A la sortie d’un laboratoire, on ne peut pas certifier qu’il n’y a pas de pyrogène. Les laboratoires industriels, et nous, avons utilisez les gels Pharmacia pour les traiter. La façon de travailler de la PCH était une incongruité. Lorsque nous avons appris qu’ils ne faisaient pas ces tests, nous avons ajouté ces tests à la fin du traitement de l’URIA.
Avocat Général : Utilisiez-vous les « culots P3 » ?
G. Hennen : C’est quoi les culots P3 ? (Leclerc veut absolument que Dray explique, et non l’Avocat Général)
G. Hennen : Non, nous nous en servions que pour rechercher la prolactine.
Avocat Général : Est-ce une bonne pratique ?
G. Hennen : La pression sur F Dray devait être extrême, mais à postériori ce n’est pas une bonne idée, mais à l’époque je l’aurais fait.
Avocat Général :Vous l’auriez fait ?
G. Hennen : La décroissance de l’activité de l’hormone de croissance est exponentielle, donc cela faisait beaucoup de travail pour pas grand-chose.
AG : les laboratoires de recherche font-ils le même métier ?
G. Hennen :non, mais ils ont eu l’aide des laboratoires de recherche au début de chaque processus.
Avocat Général : Dans votre laboratoire, avez-vous des procédures écrites ?
G. Hennen : Oui, toujours, c’est une trace obligatoire ! (ils sont 3 fois plus qu’a l’URIA)
L’avocat général lit ensuite une revue de 85 sur le détail des procédures.
A.Général : dans votre labo, il y avait une équipe ? Est-ce que vous notiez tout ?
Hennen : Une excellente équipe ! Oui absolument nous notions tout ce que nous faisions, c’est la seule façon, il faut une trace obligatoire ; c’est la tradition d’un bon laboratoire, nous étions 38 dans le mien.
Honnorat parle ensuite des 12 patients traités par Hennen, les critères de la commission qui statuait sur les cas (sélection drastique selon Hennen.)
Leclercq sur l’utilisation de l’urée.
Hennen  : Sérono utilisait l’urée mais pas pour lutter contre le prion puisqu’on ignorait à l’époque que c’était une protéine.
Leclercq sur les tests pyrogènes. Il devait être fait en fin de chaîne et non pas à l’Uria. Dray a d’ailleurs retraité des lots pyrogéniques renvoyés par la PCH.
Hennen : c’est exact, c’est à la mise en ampoule que cela se passe.
Leclercq : Le choix des collaborateurs de Dray ?
Hennen : un excellent choix, surtout Mme Gros que je n’ai plus vue depuis 83 ? J’aimerai d’ailleurs savoir ce qu’elle est devenue ? (Une idylle peut être ?)
Dray à la barre sur les commentaires d’Hennen.
Dray : Mon labo ce n’était pas un désert, ni la pagaille ! Keller n’avait pas besoin de cahier de prélèvement, il avait tout dans la tête ! (C’est pour cela qu’ensuite il a pris option micro informatique chez Pasteur….) Je défis quiconque de démontrer que c’était la pagaille dans mon laboratoire.
Enervement de Dray suite aux propos de l’avocat général. Leclercq embraye derrière. Mise au point du président………………….

Fin audition de Hennen 16h10



Audition de Maillard 16h15.

Maillard, 64 ans, Biologiste chez Sérono, habitant en Suisse.

Président
 : les pratiques de Sérono à l’époque des faits ?
Maillard  : Sérono recevait les glandes congelées, elles passaient par un contrôle qualité, triage visuel, glandes répertoriées en capsulées individuellement puis après 85 elles avaient un numéro d’identification qui correspondait à l’autopsie. 5 à 600 hypophyses par purification. Accès restreint au laboratoire, opérations sous contrôle pour éviter tout problème. Le produit finalisé était contrôlé par un labo spécialisé. Nous étions un laboratoire international (livraison en Europe, Usa, Japon et France)
Président  : Dans quelles conditions en France ?
Maillard  : Nous recevions des commandes directes de la PCVH que nous honorions.
Président : Vous avez dit dans une précédente déclaration que « nous aurions pu honorer la demande de toute la France ».
Maillard : je ne sais pas.
Président  : le monomère/dimère ?
Maillard : nous étions à 95% de monomère.
Président  : la collecte ?
Maillard : Il y avait des critères d’exclusion de prélèvement, il y avait la signature du médecin qui certifiait du bien fondé de la collecte, mais on ne peut être sûr du bien fondé d’une signature.
Président : les hypophyses bulgares ?
Maillard  : On nous a posé la question. Notre principale source d’hypophyses était la Hongrie, nous avons eu un peu de Bulgare.
Le président lit le procédé de fabrication dans le laboratoire Sérono ( changement de tenue, du plus salle au plus propre, respect des normes, utilisation des colonnes, gels etc.…)
Président : aviez vous connaissance des prix ?
Maillard  : Non
Président : Avez vous arrêté de distribuer ?
Maillard : Nous avons retraité nos lots fabriqués.
Assesseur : A quel moment avez-vous pris en compte la Mcj ?
Maillard  : En 85, avant notre protocole excluait toute maladie.
A.Général : Depuis quand êtes vous à Sérono ? Etiez vous dans le staff ?
Maillard : cela va faire 31 ans et je ne n’étais pas dans le staff, j’étais responsable de la purification. On avait l’impression de boucher des trous sur la production en France. Les commandes n’étaient pas régulières, par à-coup.
A.Général : combien d’hypophyses par lot ?
Maillard : 600 environ et agglomération de lots pour faire un lot unique de 1800 environ.
On purifiait 3 fois mais le culot P3 était jeté.
A.Général : Dray utilisait ce culot P3, mélange pour les retravailler !
Maillard : On ne l’a jamais fait, on avait peur de contamination et on voulait de la traçabilité. C’était un risque d’utiliser ces culots P3, nous nous les jetions.
L’avocat général fait le parallèle d’utiliser des nombreux marcs de café pour encore faire du café ! ! Mais quel café ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
A.Général  : les pyrogènes ?
Maillard : Notre matériel était dépyrogènéisé dans un four à 200°, c’était systématique. Matériel stérile à chaque fois. Le four à chaque utilisation. Nous avions un test pour toutes les colonnes à chaque utilisation (test du lapin) en début de chaque manipulation.
A.Général : le produit lui-même ? Le soucis du pyrogène ?
Maillard : Le pyrogène reste sur le produit lyophilisé avant mise en ampoules. C’est évident qu’il faut le faire avant sinon le produit est à jeter. Nous avons détruit des lots pyrogénéisés. Il y avait risques de chocs prophylactiques.
Mor : les Bonnes pratiques de fabrications ?
Maillard : C’est un ensemble de règles qui assurent les garanties sur le produit fini (hygiène, formation du personnel, matériel, contrôle et documentations par superviseur, ect). Cela existe depuis très longtemps, depuis 80 depuis que je travaille…
Mor : Comment les firmes peuvent-elles affirmer qu’elles n’ont pas eu de décès par Mcj ?
Maillard : Les labos diminuent d’1 milliard de fois toute contamination. Nous avons des process de pharmacovigilance rigoureux.
Triboulet : L’origine des hypophyses ?
Maillard : Hongrie, Bulgarie, Un peu Israël pour un test. Cela a pu arriver que nous mélangions des hypophyses de différents pays.
Triboulet : le poolage des produits finis chez Sérono ?
Maillard : Je n’ai jamais entendu parler de cela, c’est totalement à l’encontre des BPF. M.Chabris dont vous parlez, qui a fait cette déclaration que vous avez lue sur le poolage ne travaillait pas à la production. Cela n’était pas logique de mettre 2 lots dans le même lyophilisateur.
Triboulet pinaille sur le poolage de lots et la déclaration de ce nommé Chabris.
Triboulet : Mme Trouvin a indiqué que les colonnes et les gels étaient réutilisés 8 fois.
Maillard : C’est juste, les colonnes étaient nettoyées sur place.
Humbert : Sur les respects des règles de la collecte, les règles en Suisse sur les garçons de morgue ?
Maillard : Je ne peux répondre, je ne connais pas.

Fin audition Maillard 17h05.

Reprise audience 17h20.

Audition de Calmart, Stéphane, 53 ans, pharmacien chez Novo Nordisk.

Président : L’action de Nordisk dans la période qui nous concerne.
Calmart : j’ai rejoint Nordisk en 95, je n’étais donc pas présent pour la période considérée.
Nordisk produisait au Danemark de l’hormone de croissance extractive pour 19 pays et ce jusqu’en 88. Ensuite nous avons produit de l’hormone bio-synthétique. Nous avions une AMM ( fabrication et contrôle de qualité). Notre collecte se faisait en Europe selon une procédure standard qui excluait tout hôpital à risques. Collecte après autopsie (critères d’exclusion, infection neurologique, maladies infectieuses). Mode opératoire de prélèvement, traçabilité du donneur, acheminement par avion, purification des lots, traitement divers et à l’urée pour éliminer protéines virales dangereuses.
Président : Traçabilité des glandes ?
Calmart :Une fiche par hypophyse avec signature du médecin et du collecteur.
Président : Combien de glandes traitées ?
Calmart : Lots par hôpital, en capsulage individuel par hypophyse en 85. Avant, congélation en bloc ensemble, pool par pool. J’ignore combien de glandes par lot. Traçabilité par hôpital.
Distribution dans 19 pays avec AMM sauf la France qui ne nous avait pas donné d’AMM.. Par contre, il y avait un arrêté ministériel qui autorisait la France à acheter chez nous.
Président : les critères de sélection des glandes ?
Calmart : exclues maladies neurologiques et infectieuses, certains établissement étaient exclus.
Président : le marché français pour Nordisk ? Combien de patients dans le monde ?
Calmart : environ 7,5 %, et environ 2500 patients.
Président : avez vous eu une victime ? Y a t il un suivi ?
Calmart : Pas à notre connaissance, et il y a un suivi des patients au niveau du groupe.
A.Général : le traitement à l’urée a eu l’effet heureux de dénaturer le prion ?
Calmart :L’urée était utilisée pour remettre en solution l’hormone de croissance et d’autre part éliminer une infection hépatique.
A.Général : Si un labo était venu vous voir ? Qu’auriez-vous fait ?
Calmart : Je ne sais pas je n’ai pas d’élément de réponse.
A.Général : Mme Capellegarde de Nordisk a dit « il n’a pas de secret de fabrication opposable sauf au public et à la presse ».
Calmart : Si elle l’a dit. Nos process sont connus des autorités de tutelle vue l’AMM. Ils sont présentés dans nos différents congrès. L’AMM a été donné dans 13 pays européens, pourquoi pas la France ?
A.Général : les pyrogènes ?
Calmart : C’est une préoccupation de tous laboratoires.
Mor : le pharmacien responsable ? Les BPF ?
Calmart : Il est responsable du procédé de A à Z. Aujourd’hui on est dans un espace européen commun, à l’époque c’était national comme pour nous au Danemark.
Mor : le pharmacien à la PCH et non pas sur les lieux de fabrication de l’hormone ?
Calmart : Au Danemark, le pharmacien est attaché à un labo de fabrication autorisé.
Mizrahi : l’exclusion pour certaines maladies. Y avait t-il des contrôles de ces protocoles ? Quelles garanties ?
Calmart : Je ne peux répondre, je n’ai pas les éléments.
Triboulet intervient sur certains faits, alors que le témoin n’était pas présent dans sa société au moment de la contamination en 85. Il est rentré à Nordisk en 95. Il ne peut parler que de ce qu’il a pu lire dans les archives de sa société. Il aurait mieux valu qu’un ancien employé de 85 puisse venir témoigner.

Fin audition 18h07.

Audition de Laborde 18h10.

Laborde, Marie Gabrielle, Pharmacienne chez Pzifer, 47 ans.

Kabi, AMM pour l’hormone de croissance, ensuite devient Pzifer suite fusion, acquisition.
1971 mise sur le marché dans 17 pays sauf la France.
1985 connaissances des cas Usa, 23/04/1985 annonces du retrait de l’hormone extractive et arrivée imminente d’une hormone de synthèse.
Symposium de 85, retrait des lots par voie de télex dans lieux de distribution
Mesures prises sur collecte : exclusion pathologie des donneurs, méningites hépatite, toxicomanie etc. Process sur le transport, traçabilité, process sur fabrication, locaux, formation, procédures, nettoyage, désinfection, locaux dédiés, 30 personnes dédiées à la production, matières premières contrôlées, contrôles sur produit fini, personnes dédiées à la fabrication et autres personnes dédiées aux contrôles. La collecte était surtout bulgare. Kabi a formé du personnel bulgare dans ces laboratoires aux BPF. Kabi avait donné des renseignements très précis sur la collecte avec critères d’exclusions très forts. Hypophyses en capsulées individuellement avec numéro d’autopsie du donneur, le tout répertorié sur bordereau. L’en capsulage était de rigueur depuis longtemps. Kabi avait audité son prestataire sur les mesures qu’il prenait pour la collecte
Président : le rappel de lots en 85 ?
Laborde : J’ai vu dans les archives la copie du télex demandant le retrait des lots aux hôpitaux, pharmacies, grossistes.
Président : le lien entre le retrait et l’annonce de l’hormone de synthèse ?
Laborde : Aucun, il s’est passé 2 ans avant que cette hormone soit commercialisée. Je pense qu’il n’y a pas de corrélation.
A.Général : Les protocoles étaient-ils respectés ?
Laborde : Oui j’ai vu des copies d’audits des protocoles de formation pour les Bulgares, les process de nettoyage etc.
A.Général : dans l’industrie pharmaceutique, l’exécutant signe pour son action.
Laborde : Tout à fait sa signature fait foi sur l’action qu’il a menée, le bon travail exécuté.
A. Général : on peut penser que tout ce que vous avez vu dans les archives est vrai ?
Laborde : Je peux le croire
A.Général : Avez vous eu connaissance de victimes traitées par l’hormone Kabi.
Laborde : En 2010, non et ce non nous a été signalé. Dans la procédure Fachin par exemple, Kabi a été cité mais mis hors de cause par le tribunal civil.
Ensuite comme pour M. Calmart des questions sont posées au témoin, alors que cette dernière n’a pas connu Kabi en 85 ( elle était encore étudiante en pharmacie à Bordeaux).
Triboulet repose des questions qui avaient déjà été posées.

Dray à la barre signale qu’un nommé Cadet directeur des hôpitaux français a écrit qu’un représentant de Kabi essayait d’acheter des hypophyses clandestines (Oh le voyou, pire que le marché noir en 40). Enervement de Leclercq suite aux questions de l’avocat général qui demande un numéro de côte du dossier suite aux propos de ce dernier.

Mugnier à la barre. Questions au témoin sur des échantillons tests que Kabi aurait du garder en 83, 84 et 85.
Laborde : je ne peux répondre, je n’ai pas les numéros de ces lots. Kabi a respecté le règlement de son AMM.
Mugnier qui selon ses déclarations n’était qu’un des médecins collecteurs et c’est tout, pose me semble t il des questions très techniques, essayant de mettre le témoin en porte à faux, lui faisant croire peut-être sa supériorité médicale. Elle donne des leçons de pharmacovigilance à Mme Laborde !!!

Fin d’audition 19h10.