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Nouvelles juridiques

Procès en appel semaine 42 (19/10/2010)
(samedi 23 octobre 2010)

Journée consacrée à l’audition des témoins et expert
Dr Henri Baron
Pr Paul Cohen
Mme Catala (absente hélas)
Général Court

Audition de Henri Cerceau

Témoin René Fickat


PROCES EN APPEL HORMONES DE CROISSANCE

COUR D’APPEL DE PARIS LE 19 OCTOBRE 2010

 =-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

Synthèse

Témoin, Henri Baron, 63 ans, médecin.

Il a dirigé un comité d’experts, à la demande de l’INSERM pour évaluer le problème de la MCJ en France. Parmi ces experts il y avait Prusiner, Brawn, Weissmann, Dormont.
Ils ont travaillé 2 journées de 8h, la première journée les américains n’étaient pas là, (11 novembre 2002), la deuxième c’étaient certains européens. Malgré tout, comme tous ces QI travaillent vite. Après interrogation de F Dray (bien qu’il était déjà mis en examen) et ils ont conclus que c’était la faute à pas de chance…Bien que la collecte avait 3 points faibles :
Sur-représentation des hôpitaux neurologiques
Pas autopsie systématique du crâne
Hypophyses Bulgares mais moins important car les laboratoires industriels les utilisaient aussi.
Que d’argent dépensé pour si peu !
‘Et la défense qui se moquait du rapport de l’IGAS qui était fait à la hâte car ils n’avaient mis que 5 mois pour faire leur rapport et, ici, 2 jours pour exactement la même chose, comprenez la logique…
Pourquoi n’avez-vous pas interrogé les personnes qui faisaient l’extraction et la collecte ? Parce qu’il fallait aller vite ! (donc il vaut mieux bâcler, et si en plus on trouvait quelque chose qui embête l’INSERM.. Surtout que le président lui-même était venu au début de la réunion expliquer que Dray était mis en examen, et ce que l’on attendait d’eux)
Si il n’y avait pas de fiche de suivi, ce n’était pas normal
Dans la discussion qui s’établie entre lui et l’avocat général, après maintes questions celui-ci demande : Est-ce que le mot négligence vous écorche la bouche ? Maintenant, oui ce serait des négligences mais à l’époque, on ne savait pas…

Expert, Paul Cohen,

Il explique sa mission demandée par Berthela Geoffroy. Longue et compliquée… En plus il s’est fait jeter dès son arrivée, alors certains points restent flous…

Il insistera sur les précautions à prendre suite à la note de Montagnier. Même si le prion n’était pas connu, la note mettait en garde de risques, donc il fallait augmenter ces précautions
(Paul Cohen se ballade les deux mains dans les poches, pull sur une chemise ouverte, il est plus chercheur qu’expert) Ils parlent de culots P3 (Dray s’excite, Leclerc aussi, c’est un peu du vaudeville, Cohen qui n’entend pas , ou ne veut pas entendre, et il parle à F Dray, Il ne faut pas vous énerver, et Leclerc, le bras sur l’épaule de Dray, le console…)
Il dit du bien de Mme Claude Gros, mais, juste après il dit qu’elle n’a pas fait assez de contrôles.. Il va dénigrer les bâtiments mais en fait ses visites remontent avant les travaux, là, il n’est pas trop fiable.
Me Triboulet (défense de Dray) : Keller faisait un examen visuel des hypophyses ? Je n’ai pas de réponse – C’est vrai, vous n’avez pas pu rentrer…
A la fin F Dray revient à la barre pour se défendre mais en fait il parle pendant 15 minutes pour ne rien apporter, que des redites.. Le Président Wacogne : Vous l’avez expliqué déjà au moins 10 fois ! Mais F Dray continue
Il est fatigué ! Ouf ! il s’assied, pas trop tôt

Témoin, Général Court, 74 ans, médecin général

Il assure de sa compassion toutes les victimes, décédées, en cours de maladie et les personnes à risque.
Pourquoi certains n’ont pas cru aux précautions à prendre en France
Dès 1972 ils ont travaillé sur la contamination des primates par la MCJ. Avec Latarget, nous avions testé des agents très résistants venant de chez Gadjusek (Kuru et MCJ).
Il y a une analogie démontrée par Gibbs entre Kuru, MCJ et tremblante
En 1977 Prusiner vient de quitter Gadjusek et Gibbs nous invite dans son laboratoire. Pasteur et l’INSERM ne croient pas à cette protéine, ne s’intéressent pas au problème, ils ne viennent pas au congrès dans le Montana
En 1978, Gadjusek fait une conférence sur le Kuru. L’INSERM, invité, ne vient pas. Un chimpanzé qui a eu une injection dans le cerveau déclare la MCJ en 18 mois.
En 1981, congrès organisé sur la maladie. Le Général Court imprime un livre à compte d’auteur sur la transmissions de la MCJ. Mise en garde des risques pour les manipulateurs et le prélèvement des hypophyses. En décembre nous disons qu’il faut très bien décontaminer les instruments
En 1981, nous avons isolé la protéine, mais nous n’arrivions pas à la décrire. Prusiner s’en saisit. Mais il n’est pas un spécialiste. C’est Paul Brawn le spécialiste. Latarget est un spécialiste des UV, ce n’est pas lui à qui il fallait demandé conseil mais à Paul Brawn.


Mis en cause, Henri Cerceau, 73 ans, pharmacien, ancien directeur de la PCH

Il a été nommé à la tête de la PCH car il avait une expérience sur la construction d’hôpitaux et qu’à cette époque de gros chantiers étaient en cours. Il ya 2 établissements à Paris (Paris5ème et Nanterre) et 42 hôpitaux en France.
(H Cerceau, appuyé des 2 mains sur le pupitre, jambes croisées, parle avec une assurance certaine, connaissant bien son sujet. Plus tard dans sa déposition il sera un peu étalé sur le pupitre, scandant ses phrases avec des gestes vifs de la main, le pupitre bascule à chaque fois)
Cette déposition ne nous apporte pas grand-chose de neuf. Il insistera sur le bazar dans la distribution par les pharmacies décentralisées.
Président Wacogne : Qui distribuait les lots ?
H Cerceau : M Mor et M Pasquet. Ils notaient tout sur un carnet, n° de lot, destinataire…L’expert, M Leporc, quand il a cherché la traçabilité des lots, a travaillé comme un cochon !
Président Wacogne : Est-ce que les lots étaient numérotés en séquence ?
H Cerceau : Oui, sans doublons mais avec des ruptures dans la séquence
Président Wacogne : Qui suivait la fabrication des lots ?
H Cerceau :M Fickat. Il allait chez Opodex et contrôlait le respect des procédures.

Témoin, René Fickat, 60 ans, Pharmacien responsable, ancien technicien de laboratoire à la PCH

Il a fait sa thèse de pharmacien à la PCH. (Il réfléchit avant de parler, calmement précis)
Le seul point à ressortir : l’échange qu’il a eu avec M Mollet sur un lot non conforme qui malgré tout, après avoir été conservé quelques jours, a été libéré contre son avis. Ce point fera que l’ambiance se détériorera à la PCH entre collègues, et qu’il l’a quittera pour cette raison.

Compte rendu détaillé de la journée

Audience 09h15

Audition de Baron.

Baron, Henri, 63 ans, médecin.
Président : Vous avez déjà été entendu dans le cadre de cette affaire.
Baron : En avril 2002, j’ai été contacté par l’Inserm pour organiser un comité d’experts pour le problème de la tragédie de l’hormone de croissance (note du ministère de la santé de M. Kouchner). L’Inserm a décrit la mission de ce comité. Je devais sélectionner des scientifiques, 4 des meilleurs experts mondiaux, Mrs Prusiner, Brown, Weissman et Dormont. 2 endocrinologues et 2 chimistes avaient été aussi sélectionnés par l’Inserm, également un spécialiste pharmaceutique des maladies rares. J’ai été moi-même chercheur sur le prion, j’organisais également des programmes de sécurité biologique. On a eu 2 réunions, une le 11 septembre 2002 et une deuxièmes le 02 décembre 2002. La période sensible à analyser était de 83 à 85. Nous avions 60% des cas mondiaux de Mcj. Pourquoi cette spécificité française ? Y a t il eu quelque chose de particulier dans cette période de 83 à 85 ? Quels facteurs pour expliquer ?
Président : le 11 septembre 2002, tout le monde a assisté à cette réunion ?
Baron : Non, Les Américains n’ont pu assister pour la raison que tout le monde connaît, mais Brown a envoyé un document sur le problème. J’ai été nommé secrétaire perpétuel de ce comité. Dray a été convoqué à cette 1° réunion afin qu’il présente sa technique. Pour la 2ème réunion de décembre, tout le monde était présent. A la 1° réunion, Dormont a lu la lettre que Dickinson avait écrite concernant la Mcj et l’hormone de croissance.
Dray était présent à la 2ème réunion. Une comparaison a été faite entre la méthode Uria et celle américaine que Paul Brown connaissait bien. J’ai rédigé un rapport sur les discutions de ce comité. Tout le monde a été d’accord avec ce rapport.
Président : les conclusions de ce rapport ?
Baron : 3 faits qui pouvaient expliquer ce désastre.
La collecte : Sur-présentation de personnes à risques, on s’est focalisé sur la période 83/85 (aucun personne décédée avant 83 et après 85), risques augmentés en raison du choix de certains hôpitaux (à risques)
Méthode Balouet : le cerveau est 10 plus infectieux que l’hypophyse.
Glandes bulgares : mais les firmes pharmaceutiques s’approvisionnaient aussi en Bulgarie.
La purification à l’Uria : On a évalué la technique de l’Uria et les changements apportés dans le temps. On n’a trouvé rien de particulier. C’est en 78 qu’il y a eu des changements notamment sur les colonnes Séfarex. (La période critique anglais a été de 72 à 82)/ Une colonne de concanavaline A a été aussi installée ce qui avait pu retenir le prion. On a proposé à l’Inserm de financer des essais sur ces colonnes avec de l’hypophyse contaminée à la Mcj.
Nous avons eu le rapport Igas de 92. Tous ces faits ont été cités dans notre rapport. Contamination croisée (mélange lots, poolage, mauvaise décontamination). Il y avait à l’époque une méthode de décontamination utilisée par tout le monde.
La PCH : Des anomalies ont été relevées.
Mais la mission de l’Inserm était de relever des faits en fonction des connaissances scientifiques de l’époque. Avant 85, il n’y a jamais eu de publication sur une éventuelle infection à la Mcj, ni aucun congrès scientifique sur ce sujet. A part la lettre de Dickinson en Angleterre, (lettre qui est restée silencieuse) rien n’a été publié. La connaissance du prion était très restreinte avec peu d’information à son sujet.
Baron ne s’avance guère et parle dans les termes du premier procès. (Bis répétita ! !)
En ce qui concerne Dray, c’était de l’ignorance, pas de la négligence. C’était une tragédie imprévisible.
On a été quand même étonné qu’un laboratoire de recherche qui n’avait pas vocation d’unité de production ait pu produire de l’hormone à destination d’un si grand public. Il n’y a jamais eu d’inspection et pas d’AMM. Si des erreurs ont été commises, il faut partager cette responsabilité avec les pouvoirs publics.
Président lit une note d’une enquêtrice sur la continuité de la distribution malgré l’alerte.
Etiez vous au courant ?
Baron : Non, je maintiens absolument mes conclusions, ce sont celles du comité scientifique qui ont signé ce rapport.
Assesseur : Sur les causes de la surmortalité en France ? Les connaissances de l’époque ?
Baron : Elles étaient partout identiques dans le monde.
Assesseur : Y avait t il une cause économique, à l’étranger on achetait les hypophyses, en France on les récupérait ?
Baron : Coté économique, non je n’y ai pas réfléchi. La collecte était infectieuse de contamination surtout avec la méthode Ballouet. Cette méthode aurait du être bannie, trop de risques de matière infectieuse (Ballouet méthode uniquement française)

Pour la deuxième fois, le téléphone de Baron sonne…(Peut être Ballouet qui l’appelle pour le remercier…)
La durée de l’incubation française est plus courte donc infection plus forte certainement avec cette méthode Balouet.
Avocat Inserm : Avez vous été rémunéré pour ce travail ?
Baron : je n’ai touché aucun salaire malgré la lourdeur de ce travail, je trouvais que la mission était valable. Nous n’avons eu aucune pression de qui que ce soit. Nous savions que le juge d’instruction aurait ce rapport pour information.
Szpiner : Qu’est ce qui vous a saisi en réalité ?
Baron : je ne comprends pas.
Szpiner : L’Inserm à la demande de Kouchner. Avez-vous joint la lettre de Kouchner à votre rapport ?
Baron : non je n’ai pas eu cette lettre de Kouchner, J’ai répondu à une lettre de décision de l’Inserm, c’est tout. C’est Kouchner qui avait demandé à l’Inserm. Mais à ce que je sais c’est une lettre vague et générale. Tout a été discuté en comité.
Szpiner lit la lettre de Kouchner, ensuite celle de l’Inserm. La teneur est un peu différente sur le sens de cette lettre
Baron : C’est le ministre qui devrait dire si le contenu de sa lettre a été détourné.
Szpiner : Il y a un nom qui apparaît, M. Legrand ?
Baron : je ne le connais pas.
Szpiner : Il était sur la liste du comité d’experts ?
Leclercq se lève et se mêle de la question de Szpiner.
Szpiner : Sur la collecte : Pourquoi n’avez vous pas interrogé les gens de la collecte, pour voir la manip du protocole etc…
Baron : Nous avons eu en tout 2 réunions de 8 heures, c’est tout. Nous avions les documents notamment le rapport Igas de 92, la documentation était très claire. Pourquoi voir quelqu’un d’autre ?
Szpiner : sur la note de Montagnier ?
Baron : elle a été transmise à France. Hypophyses qui a mis en œuvre les critères de sélection (Tu parles…..).
Szpiner : négligence sur la stérilisation
Baron : Ce n’est pas une négligence si on ne connaît pas la maladie.
Szpiner lit une partie du rapport de ce comité. Il parle de négligence.
Baron : on ne joue pas sur les mots.
Szpiner : Le mot négligence vous écorche la bouche. Etait ce à l’époque des BPF ?
Baron : Maintenant de nos jours se serait de la négligence. Personne ne voulait nuire à quiconque.
Szpiner : Celui qui reçoit l’hypophyse. S’assurer de la qualité de ces hypophyses ? S’assurer de fournir des produits de qualité à la PCH.
Baron : pour le matériel qui arrive, s’assurer sur les bordereaux de la qualité. Examens visuels. D’ailleurs certaines hypophyses ont été rejetées. Je pense que les hypophyses n’étaient pas le domaine de responsabilité de l’Uria. Il devait penser que la source était sûre, c’était plutôt du ressort de France. Hypophyses.
Szpiner : l’AMM ?
Baron : Dans les autres pays, il y avait aussi des laboratoires de recherche qui travaillaient tous pareils. A l’Uria, il n’y avait pas de BPF de laboratoire. Après cela c’est devenu obligatoire aux USA sauf en France. Je l’ai dit dans le rapport que c’était une erreur de faire faire à l’Uria (labo de recherche) une production industrielle pour des enfants. Il y aurait dû y avoir des contrôles, des barrières.

En fait l’Uria laboratoire de recherche est devenu laboratoire industriel, sans pour autant avoir les contrôles dédiés à ce genre d’industrie

Mor : Vos conclusions scientifiques ? L’apport de votre travail ?
Baron : Il a été majeur, tout le monde se posait des questions. On a identifié les faits réels et on a focalisé sur certains faits qui peuvent expliquer ce drame français. Mais je ne suis pas sûr de rien à 100%.
Mor : comment un médicament peut échapper aux bonnes pratiques ?
Baron : J’ai posé ces questions dans mon rapport.
Mor : Avez vous eu accès aux archives de France. Hypophyses ? Et l’AMM,
Baron : Cette question a été posée. Job n’a pas voulu de cette AMM. C’est une anomalie.
Mor : Le C.A de France. Hypophyses a fait obstacle à la demande d’AMM pour ce médicament. Merci.

A.Général : Etude très sérieuse selon vos termes. C’était une tragédie imprévisible. Conclusions atterrantes. C’est très bien de réunir les plus grands Q.I, mais ce rapport est contre nature. Avez vous enquêté sur les laboratoires étrangers ?
Baron : Je n’étais pas le chef de ce comité mais le secrétaire perpétuel. Des membres étrangers de ce comité ont visité les laboratoires étrangers. Ils ont rapporté leurs constatations.

Baron s’énerve un peu devant les questions de l’avocat général
Prise de gueule de Leclercq au président suite aux ricanements selon ses dires entendus dans la salle. Question extrêmement longue de Triboulet. Joute verbale dans la salle avec l’avocat général.

Fin audition 11h50.

Reprise audience 12h00.

Cohen, Paul 70 ans, chercheur, retraité.
Président : Vous avez été missionné pour expertise en 2002 par le juge d’instruction.
Cohen : J’ai 48 ans de carrière. En 67, je suis allé dans la Silicon Valley en Californie dans une société de biochimie.
Cohen s’embarque dans cette aventure. Le président le rappelle à l’ordre sur la question posée.
Cohen : la préparation d’hormone à base de glandes hypophysaires est une opération périlleuse (soins, rigueur, bonnes pratiques de suivi). C’est un travail de doigté, de savoir-faire, fractionnement difficile. Il faut 4, 5 voir 6 étapes pour avoir un produit enrichi. Ces opérations doivent être contrôlées aux moyens de technique, d’analyse, le B.ABA de la technique expérimentale. Tout doit être consigné dans des cahiers de laboratoire, je n’ai rien trouvé de ce semblable à l’Uria lors de mon expertise. Aucune trace de quoi que ce soit. Pour moi c’est une faute professionnelle grave. Je n’ai jamais vu ça. Pour mon expertise, j’ai eu un rendez-vous avec un technicien de l’Uria, M. François Groh. Je me suis docilement laissé traîner par ce dernier, pour me retrouver devant le conseiller juridique de Pasteur qui m’a demandé mon ordre de mission. Je lui ai fourni. Il m’a dit que je devais déposer une liste de questions. Puis on m’a mis à la porte de chez Pasteur tout simplement. J’ai rendu compte de ce fait au juge d’instruction.
En ce qui concerne la production. Tout résulte dans l’habilité technique de l’expérimentateur. Les labos privés n’ont pas eu d’accident. Les sociétés privées ne révèlent jamais leurs secrets de fabrication. C’est le jeu !
Cohen raconte les conditions drastiques d’un laboratoire de recherche américain.
J’ai visité l’Uria : une salle, une chambre froide, 2 ou 3 personnes pour conduire les opérations. Dans les autres labos, au moins 25 personnes travaillent sur l’hormone. C’est un facteur qui a pesé très lourd. La conjonction de ces absences de contrôle, lors de la procédure de production a joué un rôle. J’ai constaté que la procédure n’était pas en mesure de permettre la séparation de l’hormone monomère et dimère. J’ai demandé au juge d’instruction de faire des essais de prion sur des lots choisis par elle. L’expertise a été faite. M. Deslys viendra vous en parler, j’ai demandé des échantillons aux juges d’instruction, pour faire des essais en double aveugle, échantillons de son choix. J’ai étudié avec une technique des plus performante. Les échantillons étaient composés d’une série avec des pics noirs. On ne peut pas juger de la qualité de cette préparation si on a pas eu en main les cahiers de laboratoire. Le reste c’est de la philosophie qui pourrait induire en faux le tribunal.
Président : Je vais lire la mission qui était la vôtre : prendre connaissance de la procédure, procédure Uria de Pasteur ect…. Lecture assez longue de la mission confiée à Cohen par le J.I
Cohen : Sur les colonnes, je parle des colonnes qu’il faut laver, et laver et encore laver pendant des jours. Réutiliser les colonnes sans précaution, c’est une nouvelle faute professionnelle. On ne peut pas mélanger les lots, sinon il n’y a plus de trace. La tentation a été trop forte de passer des lots sans prendre les mesures adéquates. En 85, je crois savoir que Dray a visité des labos privés dans lesquels il félicitait le personnel pour leur travail excellent. Cela arrivait un peu tard. Il n’a pas pour autant réclamer de changement dans son propre laboratoire.

Fin audience 12h40

Reprise audience avec Cohen 13h55

Mor : Les cahiers de laboratoire ? Leurs intérêts ?
Cohen : Je voudrais dire que ma visite des locaux de l’Uria était indépendante de ce procès. Je suis allé voir Dray et sa collaboratrice laquelle n’a pas été impliquée dans cette affaire. Elle était très habile. Cohen se laisse aller dans ses souvenirs.
Je me suis effectivement rendu chez Dray, j’ai constaté la petitesse de ses locaux, l’exiguïté des lieux. Il était très loin d’un labo de firme industrielle. Cohen raconte ensuite comment étaient ces labos industriels. Les cahiers de laboratoire c’est le B.ABA de la recherche. Chaque page est numérotée, tout y est consigné pour avoir une trace et reconnaître le savoir-faire d’un chercheur. Cohen se laisse à nouveau aller dans ses souvenirs. L’intérêt de ces cahiers est de pouvoir assurer une reproductibilité de travail pour d’autres intervenants (règles de travail défini etc.). Cette règle de travail fait partie de l’éthique, personne ne doit échapper à cette règle, surtout quand on fait un médicament. Sous la responsabilité de Dray, chef de laboratoire, il n’y avait pas de contrôle de qualité, j’étais époustouflé !
Mor : avez vous une animosité particulière à l’encontre de Dray ou de Pasteur ?
Cohen : pas du tout, je suis un humaniste utopiste. J’ai eu le privilège d’avoir eu un prix de sciences à Pasteur et je suis ami personnel avec l’actuelle directrice. Mais dans ma carrière, il m’a été donné d’avoir des Pasteuriens sur mon chemin…….
Consœur Szu-P’Ing : Un témoin a dit que vous vous approvisionnez en matériel à Pasteur ?
Cohen en élevant le ton : Je suis un scientifique, et j’appelle un chat un chat. Je ne m’approvisionnais pas en matériel relatif à l’hormone à l’Uria, c’est un abus de langage.
Consœur Szu-P’Ing : Keller a dit que les gels étaient réutilisés après lavage ?
Cohen : Zéro au piquet ! !Zéro au piquet ! ! Si vous avez un prion qui colle aux colonnes, il continue de polluer. Cohen compare alors le fait de réutiliser les colonnes avec une casserole brûlée !
Président : A l’époque, on ne savait pas que le prion pouvait coller aux parois ?
Cohen : Je ne voudrais pas faire mentir Montagnier
Leclercq s’agite sur son siège et demande la parole pour son client Dray.
Consœur Szu-P’Ing : Les hypophyses douteuses ou impropres ?
Cohen : Impropres ou douteuses c’est l’œuf et la poule ! Quand des hypophyses viennent d’un hôpital de vieillards, on prend un risque.
Dray s’énerve en claquant sa main sur sa table : Et la collecte, en claquant de nouveau sa feuille sur la table.
Consœur Szpiner : Les culots P3 ? La note de Montagnier ?
Cohen : Quand on recherche un rendement maximum et que ces hormones étaient attendues par toutes ces familles, on peut à chaque étape du produit récupérer quelque chose mais dans ce cas, c’est une nouvelle aventure, un autre monde. Pour la note de Montagnier, j’ai beaucoup de sympathie pour lui mais sa note n’a pas été suivie. Il ne pensait pas au prion certes mais à un agent viral. Il n’a pas été écouté. Il est un peu controversé à Pasteur.
Cohen s’égare encore dans ses souvenirs !
A. Général : Professeur Cohen….
Cohen : Vous pouvez m’appeler M. Cohen !
A.Général : Dans votre rapport d’expertise, vous parlez du plateau scientifique de l’Uria et vous considérez que le départ de Mme Gros a été préjudiciable en 80.
Cohen : c’était une fille très dynamique, énergique un véritable bœuf de labour. Cohen s’égare encore en parlant de Mme Gros.
A. Général : Mme Gros ?
Cohen : Elle a été ma voisine de palier au laboratoire. Elle avait acquis un métier considérable dans la purification des hormones. Elle est partie ensuite travailler chez Dray à l’Uria. J’ai fait connaissance de Dray à travers ses écrits.
Président : S il vous plaît, on revient à Mme Gros ?
A. Général : A t elle été remplacée par quelqu’un de diplômé ?
Cohen : Ce n’est pas une question de diplôme mais de compétence. Groh et Keller n’avaient pas du tout son niveau de compétence.
A.Général : Dray a dit qu’il était allé chez Guillemin, prix Nobel aux USA pendant un an, pour se former. Avez vous retrouvé à l’Uria, la pâte de l’institut Guillemin ?
Cohen : A des années lumières, il faut dire aussi que Guillemin avait un très gros budget pour ses recherches.
A.Général : Vous avez dit les pratiques Uria, périlleuses, délétères, rétrogrades ?
Cohen : Non conforme aux règles de savoir-faire dans le domaine de la purification. Méthodes insuffisantes obligatoirement exposées à des interfacts ou des malfaçons. Les analyses dont j’ai constaté l’absence étaient les B.ABA de l’époque.
Leclercq : Savez vous que c’est Mme Claude Gros qui a mis en place la méthode Hennen de Liège à l’Uria ? Vous l’avez trouvé compétente ?
Cohen : je pense qu’elle n’a pas été suffisamment vigilante. Vous allez chez Bocuse ou Rebuchon pour une recette que vous apprenez, vous essayez de la faire chez vous, ça n’aura pas forcément le même goût !
Leclercq revient sur les déclarations de Catherine Rougeot témoin et sur la visite de Cohen à l’Uria.
Cohen : elle ne va pas dénigrer un endroit ou elle a travaillé un moment.
Triboulet revient sur les fiches de production de l’Uria. Cohen s’énerve sur les termes employés par l’avocat.
Triboulet : vous avez fait une comparaison entre l’Uria et l’industrie pharmaceutique, l’arrivée des hypophyses, le tri ?
Cohen : Dans l’industrie une ou plusieurs personnes faisaient ce tri en examinant à l’œil chaque hypophyse en vue de l’optimisation du produit. Je n’ai trouvé aucune trace dans les scellés sur la manière d’opérer à l’Uria.
Triboulet parle de technique et Leclercq s’énerve sur l’utilisation de l’urée.

Dray à la barre à propos de Mme Claude Gros. Nous étions dans les normes par rapport à l’industrie. Mme Gros était très sérieuse. Dray s’égare un peu…..

Fin audition Cohen 15h50.

Audition général Court 15h55.

Médecin général Court, 74 ans, placé en « deuxième section » ( à la retraite en fait).

Court : en préliminaire, je voudrais assurer toutes les victimes de cette tragédie de ma compassion. Nous nous demandons toujours « Pourquoi ? »( Enfin c’est bien le premier qui a un mot chaleureux pour les parties civiles…) C’est une tragédie française importante. En 72, nous avons été saisi par le docteur Cathala de bien vouloir s’intéresser aux problèmes de la Mcj. On nous a demandé d’inoculer la Mcj à un primate, nous étions le seul laboratoire à avoir une animalerie. Sous la direction de Latarget, nous avons été testés des éléments infectieux importants (Kourou, Mcj). Une analogie a été établie entre la tremblante du mouton et la Mcj. Leurs éléments infectieux résistaient à tout. On a parlé à l’époque d’une protéine. La Mcj n’était pas dans le programme du CEA. En 77, Prusiner nous a invité dans le Montana aux USA à un congrès. Il voulait isoler une protéine. Gadzuzek est venu au Val de Grâce en 77 pour faire une conférence à ce sujet. En 80, nous avons publié un livre à compte d’auteur. Une mise en garde a été faite sur les manipulations infectieuses du cerveau. Nous avons eu le cas d’un enfant atteint de Mcj suite à un mauvais nettoyage de pinces d’électrochocs. La mise en garde portait aussi sur le prélèvement des hypophyses. Nous n’avons pu persuader les gens qu’il y avait là un danger. Une mise en garde a aussi été faite aux pédiatres. J’ai moi-même déconseillé aux membres de ma famille d’avoir recours aux hormones de croissance. Montagnier a essayé aussi de mettre en garde.
A.Général : La cour est chargée de définir des responsabilités de France. Hypophyses pour leur comportement de 83 à 85. Vous avez lancé des alertes en 78, elles n’ont pas été entendues. Vous avez dit L’INSERM ne croyait pas à une protéine ? Pour vous croire, il aurait fallu qu’il y ait des morts ?
Court : Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre en biologie.
A.Général : Vous étiez un peu l’hérétique de l’époque ?
Court : Oui On peut dire cela. On a bien transmis en labo la tremblante du mouton et la Mcj aux singes.
A.Général : sur les propos d’Agid ?
Court : je le connais bien. Il a fait son service chez moi dans mon laboratoire. C’était un des meilleurs neurologues mais pas spécialiste du tout de la Mcj. Pour cela il fallait appeler Paul Brown ou Robert Hoven.
A.Général lit une partie de la lettre de Montagnier. Dray va voir Latarget qui est spécialiste des U.V et des rayons Gamma. La balance bénéfices/risques ?
Court : Les risques pouvaient être d’un certain nombre. Prusiner a amené des précisions sur l’agent infectieux. Latarget a même dit lors d’une discussion à propos des dires de Prusiner « Il l’a appelé prion, pourquoi il l’a pas appelé Ducon ».
Mor :Sur les conclusions du comité Baron ? Pas de responsable, mais comprendre l’information sur le risque n’a pas été communiqué ou produit. Ignorance mais non imprudence !
Court : Je connais Baron, il a travaillé sur la Mcj du chat. Laissons le dans son domaine ! Je sais ce que l’on a pas fait ! Toute la communauté scientifique a une part de responsabilité dans cette affaire ! On n’a pas su s’expliquer. Pour les Hypophyses bulgares, moi qui ai travaillé dans les pays de l’Est, il y a une marge entre les écrits et les réalités des faits.
Mor : vous avez donné des signaux d’alerte mais vous n’avez pas été cru. Et le serment d’Hippocrate ?
Court : C’est vrai on n’a pas été cru. Pour le serment d’Hippocrate, c’est le plus beau serment du monde, mais il a était pas mal bafoué sur cette affaire. En médecine, on travaille sur une corde raide : » Primo none nocéré » D’abord ne pas nuire !
Triboulet parle ensuite du livre écrit par Court en 81.
Triboulet : vous avez dit « il y a eu un défaut de communication » Etait ce un bon choix que d’aller voir Latarget.
Court : Tout à fait.

Fin audition Court 17h15.

Reprise audition 17h40.

Cerceau Henri, 74 ans, Pharmacien à la retraite.
Pendant 10 ans, je me suis occupé de logistique et d’informatique pour l’assistance publique. J’ai toujours travaillé pour cette institution. Pour mon profil de carrière, j’ai passé le concours de pharmacien des hôpitaux mais je n’ai jamais eu de rapport de près ou de loin avec la pharmacie malgré ma formation. J’ai été comme directeur de la PCH en 81. Mon prédécesseur était un administrateur civil. J’ai quitté cette fonction fin mars 91. J’ai eu ensuite 6 successeurs. Apparemment le fait d’être pharmacien était une anomalie. La PCH est considéré comme un hôpital donc doit être normalement dirigée par un directeur d’hôpital.
La PCH est un établissement hospitalier géré selon les règles d’un établissement du même nom. Il produit des médicaments et donc doit être tenu aux BPF. La PCH avait deux établissements, un 07 rue du fer à moulin dans le 5°, et l’autre Z.I de Nanterre, l’unité de fabrication industrielle. La PCH s’occupait de 42 hôpitaux pour la fourniture de médicaments, nous faisions aussi des importations de médicaments étrangers interdits en France. Nous faisions également de la méthadone et la solution finale de l’hormone de croissance. Nous avions une convention avec France. Hypophyses depuis 74. Cette association avait une structure moins contraignante que Pasteur par exemple. Nous n’avions aucun pouvoir coercitif sur les autres pharmacies hospitalières de province. Mon objectif était de fournir toutes les pharmacies en la meilleure qualité au prix le plus bas. J’ai mis en place des indicateurs de prix.
Président : le site de Nanterre ?
Cerceau : une unité de production industrielle, un laboratoire. Nous étions producteurs de médicaments donc astreint aux BPF. Elles ne sont pas tombées du ciel. C’est un modèle des USA. Dans les années 70, les contrôles qualité étaient faits par les labos et progressaient. La réflexion américaine s’est imposée. Pour la libération des lots, il y a séparation entre pharmacien responsable et le directeur de la PCH. C’est lui le pharmacien responsable qui libère les lots (Mollet). Cette dissociation est capitale. En cas d’inspection, c’est le pharmacien qui est inspecté, pas le directeur.
Président : Ou se trouvait Mollet ?
Cerceau : Il était directeur scientifique, pharmacien responsable. C’est lui qui participait aux comités de répartition de l’hormone. Il faisait état ensuite de ses demandes et besoins et on voyait avec Pasteur pour la fourniture. Pasteur fournissait 50 à 55% du besoin, le reste était les firmes industrielles Pour ma part, j’établissais un marché avec l’industrie pharmaceutique pour le pourcentage restant. Mollet avait la technique de lyophilisation, mais il a préféré demander à Opodex un sous traitant privé de finaliser le produit ensuite à Serra.
C’était des labos industriels agréés par le ministère de la santé. J’avais la certitude que la réalisation du produit fini était conforme aux BPF.
Président : Quand on lit les procès verbaux on ne voit guère Opodex ?
Cerceau : Si vous voyez M. Fikka, il vous parlera d’Opodex. Mollet était un type remarquable, mais quand il a été interrogé sur cette affaire, c’était un autre homme. Il a perdu une part importante de sa réactivité intellectuelle M. Fikka emportait les hormones chez Opodex, assistait aux opérations, les flacons revenaient pour être étiquetés à la PCH, emballés avec un solvant, puis une notice dans chaque boîte (contenu, utilisation du produit, demande d’enregistrement du lot). Par exemple en ce qui nous concerne, je peux en parler car cette famille n’est pas partie civile, les lots du jeune Briffa de Marseille qu’il avait à la pharmacie de son hôpital ne correspondaient pas aux lots que nous envoyons pour lui au départ de la PCH.
Président lit les chefs d’accusation à l’encontre de Cerceau et ce malgré sa relaxe ( ce dernier ne peut pas être condamné au pénal mais uniquement au civil sur les dommages et intérêts).
Cerceau : France. Hypophyses avait rédigé dans les années 73 une fiche sur les contrôles fait par nous, mais nous avons sous traité ces contrôles à Pasteur paris puis ensuite Pasteur Lyon.
Ils étaient faits pour chaque lot de produit Uria. Nous le faisions également sur le produit fini, c’est Mollet qui s’en occupait.
Sur le mélange des lots, c’était une pratique régulière de l’industrie pharmaceutique.
Sur les pyrogènes et les tests ACE, c’est Dray qu’i s’est engagé à les faire dans son laboratoire mais à titre de recherche.
En 91, j’ai été contacté par Job qui m’annonçait les premiers cas. J’ai eu l’impression de tomber dans un gouffre. (Cerceau ému à la barre se reprend). J’ai donc décidé de faire l’historique de tous les lots.