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Nouvelles juridiques

Procès en appel semaine 44 (02/11/2010)
(samedi 13 novembre 2010)

PROCES EN APPEL HORMONES DE CROISSANCE

COUR D’APPEL DE PARIS LE 2 NOVEMBRE 2010

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Journée consacrée à l’audition des témoins et mis en cause
Ø Hélène Lussan
Ø Jacques-Christian Darbor
Ø Dominique Pradeau
Ø Henri Cerceau


Synthèse

Témoin, Hélène Lussan, Chef de service Contentieux du Ministère de la Santé.

Elle va venir expliquer le principe et l’objectif d’une indemnité, et indiquer les personnes bénéficiant de l’aide juridictionnelle de l’état chez les mis en cause.

Témoin, Jacques-Christian Darbor, pharmacien des hôpitaux.

Il va parler des pyrogènes, de la certitude que des lots sont non conformes et qu’ils doivent être retirés du circuit, mais que M Mollet n’en fera rien.

Témoin, Dominique Pradeau, 60 ans, pharmacien des hôpitaux.

Lui aussi est un scientifique consciencieux , travaillants à la PCH. Ils (JC Darbor et D Pradeau) vont voir des anomalies de résultats dans les tests. Ils en parlent à Marc Mollet, la discussion est orageuse, qui décide quand même de laisser ces lots à la distribution.

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Ils identifient assez souvent des pyrogènes. Par contre nous avons été chercher des lots chez Serono et avons fait les mêmes tests. Le résultat est négatif. Il n’y a pas de pyrogène. Nous aurions du avoir, de la part de l’URIA, des dossiers de lots. Ces dossiers existaient, même à l’époque, pour tous les autres produits fabriqués à la PCH.
(Le témoin est clair, calme, mais pas du tout décontracté. Il ne charge pas H Cerceau, mais M Mollet sur la prise de décision de lâcher les lots. Il est malgré tout frileux)

Mis en cause, Henri Cerceau, ancien directeur de la PCH

Il est informé par M Mollet le 25 ou 27 avril 1985 qu’une réunion est organisée (2 mai 1985) par KABI dans laquelle sont invités les pays travaillant avec eux ; les autorité sanitaires, prescripteurs (Job, Chatelain), les supports scientifiques (Dray), Par contre ne sont pas invités les représentants de la PCH. Nous connaîtrons les résultats de cette réunion par les commentaires de Chatelain plus les comptes rendus fait par KABI.
Les représentants français rencontrent Nordisk qui explique que c’est une journée de propagande (marketing) même si des éléments techniques existent.
Il va y avoir une discussion sur les échanges de poudre entre l’URIA, et la PCH (7 et 50g) que nous connaissons déjà. Il se défendra en disant que la contamination si elle liée au mauvais nettoyage, ne peut intervenir à la PCH (ou OPODEX) car le matériel est utilisé pour beaucoup de fabrications et cela aurait déclenché une épidémie.
De même il considère que ce n’est pas son rôle, en tant que directeur de la PCH, d’informer les familles pour rendre les produits déjà distribués, et stockés dans les frigidaires familiaux. Par contre, par rapport à M Pradeau, il est très décontracté, plaisante avec le Président Wacogne. On ne sent pas un mis en cause craintif.

Compte rendu détaillé de la journée

MATINEE DU 02/11/2010

Témoignage de Madame LUSSAN Hélène (Chef de Service Contentieux du Ministère de la Santé)

J’étais Chef du Bureau « Ethique et Droit » lors de la mise en place des dispositions d’indemnisations en 1993.
Il y a eu un groupe de travail (Santé/Justice) à l’automne 93. La décision de mise en place de ce dispositif a été décidée en réunion interministérielle le 07/10/93. Le but de ce dispositif était d’apporter un soutien financier rapide aux familles (sans passage par un juge). Le ministère de la Santé a travaillé avec les associations et deux commissions ont été mises en place : une commission de surveillance et une d’indemnisation qui devait statuer sur les cas et le montant des indemnités accordées.
Deux types d’offres :
Aide d’urgence du vivant de la victime pouvant être versée dans les 15 jours ?? si forte probabilité
Indemnité avec protocole transactionnel conclu post mortem.
L’indemnisation a été effectuée suivant un barème indicatif et souple.
Le préjudice moral et économique a été établit par comparaison : SIDA/MCJ.
Le rôle de l’état était la « Solidarité nationale », en aucun cas pour « acheter « les victimes. Le protocole prévoyait que seule l’action pénale était autorisée.
L’ONIAM s’est substitué à France Hypophyse après sa dissolution en 97.

MOR : L’Etat représente qui ?
LUSSAN : L’Etat représente l’INSERM, FH et l’APHP mais pas Pasteur qui ne l’a pas souhaité.
SZPINER : Pourquoi l’Etat remplace FH ?
LUSSAN : FH était une association privée avec des statuts particuliers. L’Etat faisait partie du CA et de FH, mais c’est les pédiatres qui gouvernaient (mais ils ont pris l’Etat comme caution).
SZPINER : Si l’Etat n’était pas responsable pourquoi a-t-il payé pour FH ?
LUSSAN : FH conduisait une action publique.
SZPINER : Etat membre du CA : décisionnaire ?
LUSSAN : Non, il a fait une demande pour obtention d’une AMM qui a été refusée. La demande doit être faite par le fabricant.
BIBAL : Obligation de FH ? Rôle de l’Etat ?
LUSSAN : Aujourd’hui : aucune. L’Etat remplace les acteurs du drame publique. FH avait la main sur la répartition d’un produit rare et l’Etat ne pouvait se défausser bien que FH dépendait du droit privé, seul l’Etat à payer.
BIBAL : Pasteur pas remplacé par l’Etat, pourquoi ?
LUSSAN : Pasteur voulait conserver une marge de manœuvre sur les montants versés.
BIBAL : Qui a bénéficié de l’aide juridictionnelle ?
LUSSAN : JOB, MUGNIER, DANGOUMEAU (décision de Madame VEIL).
MOR : L’Etat était un sociétaire dormant ?
LUSSAN : L’Etat aurait dû être plus présent dans la gestion de FH.
MOR : Qui représentait l’Etat à FH, et concernant l’AMM ?
LUSSAN : Je ne sais pas qui représentait l’Etat. C’était le rôle de la DPHM (via Dangoumeau) de faire la demande d’AMM.
DANGOUMEAU : En 85, nous savions qu’une hormone de synthèse arrivait sur le marché. Une demande d’AMM aurait dû être faite mais c’est très long (1 an ou 2 avant résultat) donc on n’a pas insisté et je suis pas sûr qu’on aurait connu plus sur la fabrication.
HONORAT : L’aide juridictionnelle accordée (JOB, MUGNIER, DANGOUMEAU) a été proposée ou demandée ?
LUSSAN : Un a fait la demande. MUGNIER a été assimilé à un agent du service publique et c’était automatique pour DANGOUMEAU.
METZNER : L’Etat reconnait que FH était une émanation de l’Etat surveillée par les membres de l’Etat.
LUSSAN : Il y avait un déséquilibre entre des hauts fonctionnaires et des pédiatres de renom pour les décisions. La répartition était confiée aux pédiatres.

Témoignage du Professeur DARBOR

Président : Vos explications ?
DARBOR : Il fait un exposé sur les pyrogènes : produits injectables qui doivent être stériles (pas de virus…). La détection du pouvoir pyrogène a été faite sur des lapins (augmentation de la température) jusqu’en 75/80, puis ensuite la recherche des endotoxines bactériennes a été faite suivant la méthode LAL test utilisé aux USA avant la France (82/84) : il explique le contrôle pour avoir une assurance « qualité ».
Président : Contrôles concernant l’HC ?
DARBOR : Pour tous les tests faits jusqu’en 83 : dans la norme. Fin 84, début 85, on a eu des résultats plus élevés qui pour moi n’étaient pas conformes pour l’HC. J’ai demandé des contrôles de la matière première et on a trouvé des lots très contaminés.
Président : Annotations conformes, non conformes : quelle influence ?
DARBOR : Si non conforme, le lot ne devait pas être libéré. Pradeau donnait la notion « accepté ou non » et transmettait à Mollet qui décidait. J’ai demandé à être entendu par Mollet pour exposer les risques. Toute la chaîne de production doit être contrôlée.
Président : Position de la PCH pour la libération de lots pyrogènes en 85 ?
DARBOR : J’ai pensé que ces lots devaient être détruits, pas question de laisser injecter des lots si pollués.
Président : Lots 85103 et 85104 très mauvais.
DARBOR : J’ai fait un courrier à Pradeau qui l’a transmis à Mollet.
Avocat Général : La mise en route des contrôles pyrogènes a eu lieu en 85 ?
DARBOR : L’endotoxine était mon thème de recherche. Le contrôle a été obligatoire en 84 mais je le faisais depuis 79.
Avocat Général : Sur le contrôle du produit des labos industriels ?
DARBOR : Contrôle fait sur peu de lots, mais rien de repéré. Des lots FH ont été fortement pyrogènes et je pense qu’ils sont été détruits.
Avocat Général : Vos annotations sur les lots ?
DARBOR : Si lots pyrogènes, je notais « non conforme ». Le problème venait à la sortie de l’URIA.
Avocat Général : Vous avez eu des discussions orageuses avec Mollet ?
DARBOR : Mollet disait que les contrôles ne servaient à rien car l’injection n’était pas intraveineuse. Mais il a fini par céder (par démonstration sur lapin). L’HC n’était pas un produit PCH : si contrôle anormal → les lots ne devaient pas être distribués.
MOR : Certains enfants fiévreux suite aux injections : explications ?
DARBOR : Je pense que ça aurait dû être local, mais une réaction pyrogène est possible.
MOR : Comment remontaient les signalements faits par les pédiatres ?
DARBOR : Difficile de répondre.
MOR : L’absence d’AMM a fait échapper l’HC à la pharmacovigilance.
DARBOR : Aujourd’hui : oui, mais c’était similaire avant. La Pro pharmacopée « A » est antérieure à la pharmacopée française.
MOR : Elle date de 1980 aux USA et de 1987 en France.
DARBOR : Pour les labos pharmaceutiques une norme (USP 20) existait. Les contrôles s’imposaient à toute la chaine de fabrication.
Intervention de DRAY : URIA n’a pas été informé du problème des pyrogènes. Les labos pharmaceutiques sont une merveille ! Nous on livre un produit actif, pas un médicament (contrairement aux labos). Il faut comparer ce qui est comparable. La PCH aurait dû nous faire participer à leurs constatations. On aurait dû être avisé pour pouvoir coopérer (pour retraitements éventuels).

Suspension de séance à 12h35.

Audience 14h25.

Audition de Pradeau.

Pradeau, Dominique, 60 ans, pharmacien des hôpitaux.

Président : Vos déclarations de mars 2008 ?
Pradeau : A cette époque, je dirigeais une entité d’un laboratoire de contrôle des médicaments à la PCH.
A ce titre, j’ai été confronté aux contrôles de pureté de l’hormone de croissance, qualité du produit fini (lyophilisat, produit stérile, stérilité etc.). Les contrôles attestaient de la qualité du produit fini. L’efficacité du produit, les impuretés étaient réalisées par d’autres laboratoires. Mon collègue Darbor faisait des contrôles biologiques. Ces contrôles ont évoluée suite à la pharmacopée (contrôles supplémentaires, détection de la teneur en endotoxine etc.). Nous avons évolué en terme de contrôle suite aux nouvelles technologies mises en place (pyrogène). La méthode mise en place en 85 mettait en évidence des lits d’hormone dont la teneur en endotoxine était supérieure à la réglementation du moment et de la pharmacopée. Le résultat était positif aux pyrogènes par rapport à la détection mise en place dans le laboratoire.
Président : comment marchait la structure de la PCH ?
Pradeau : A cette époque, le labo avait deux entités (biologique et physicochimique). Mollet était le directeur scientifique, de ce fait il était destinataire de tous nos résultats. Cerceau était le directeur de la PCH.
Président : Qui était le pharmacien responsable ?
Pradeau : Ce n’était pas Cerceau, le poste n’existait pas à cette époque. Cerceau était directeur avant tout, Mollet était pour moi le seul directeur scientifique, il était notre unique interlocuteur.
Président : Aux vues des résultats non satisfaisant dans certains lots, vous en êtes vous ouvert à votre hiérarchie ?
Pradeau : Oui à plusieurs reprises en 85. Nous avons été interloqués par ces mauvais résultats. Au début, on n’en était pas sûr du fait de la méthode mais au fur et à mesure, nous avons été sûrs de notre méthode (suite aux tests sur les lapins) et des résultats inquiétants. Ils n’étaient toujours pas bons. Ils n’étaient pas en accord avec la pharmacopée.
Président : Les critiques faites sur les lots à Mollet, les difficultés ?
Pradeau : Oui nous avons avisé Mollet dès la connaissance de la véracité de ces résultats.
C’est vrai nous acceptions de valider les produits, mais il y avait encore à notre connaissance d’autres contrôles en amont. A partir de 85, je n’ai plus indiqué sur les produits la mention « accepté ».
Président : L’entrevue de 85 ?
Pradeau : Cela était informel, cette rencontre a été faite suite à une rencontre avec Mollet dans un couloir. Nous avons évoqué cette problématique lui demandant de la prendre en compte. Nous voulions l’aviser de cette anomalie. Mollet nous a dit que notre essai n’était pas réglementairement opposable à la pharmacopée. Cette dernière imposait des contrôles uniquement sur des quantités supérieures à 15 mml ce qui n’était pas notre cas. Avec l’hormone nous étions sous ce seuil.
Président
 : Cette entrevue était pourtant programmée dans votre agenda ! Darbor l’a qualifié ce matin d’orageuse. Partagez-vous ce vocable ?
Pradeau : Oui je le pense ! Mollet considérait que nous outrepassions notre mission. Sur le plan français, nous étions pourtant les premiers à mettre en place ces contrôles.
Président : le pourquoi de cette mauvaise qualité ?
Pradeau : A toutes les étapes du process, il peut y avoir contamination (colonnes difficiles à nettoyer etc..) C’est pour cela que nous avons insisté dans nos analyses, mais je suis incapable de vous dire que la contamination vient de tel ou tel endroit du process.
Président : Ces lots non satisfaisant ont ils été distribués ou retraités ?
Pradeau : Je suis incapable de vous répondre. Je pense que c’est un e entité de France.Hypophyse qui décidait aux regards des résultats donnés par Mollet. Pour tous les autres médicaments, c’est Mollet qui libérait les lots, pour l’hormone, je ne sais pas !
Président : pourquoi l’hormone ?
Pradeau : L’hormone était un produit qui dépendant de plusieurs entités. De ce fait là, les contrôles étaient répartis. J’ignore ou l’ensemble du résultat était « colligé ».
Président : Les notes que vous adressez à Mollet en 85. Vous faisiez état de risques (hépatite, sida, Mcj etc. .)
Pradeau : C’est vrai on commençait à en parler.
Président : Vous avez écrit à Cerceau ?
Pradeau : Oui, mon propos était d’obtenir un cadrage des responsabilités de chacun. L’assistance publique à mis plus de 15 ans à mettre ne place une organisation type établissement pharmaceutique (1995).
A.Général : Vous avez été confronté à plusieurs reprises à des résultats anormaux ?
Pradeau : Nous faisions le conditionnement final du produit en salle blanche (parfaitement maîtrisé). Si contamination il y avait eu, elle arrivait de l’amont.
A.Général : la firme Opodex ?
Pradeau : C’était un sous traitant de la PCH, reconnu travaillant en milieu stérile. Il était établissement pharmaceutique donc contrôlé régulièrement par l’agence du médicament pour ses BPF.
A.Général : Vous vouliez provoquer un conseil scientifique ?
Pradeau : Oui car nous nous mettions en cause avec Darbor. Nous voulions avoir en consultant d’autres pharmaciens un autre avis scientifique. Cette réunion n’a jamais eu lieu.
A.Général : Vous vouliez voir le procédé d’extraction ?
Pradeau : Oui c’est cela ! Nous savions qu’il y avait contamination, mais nous ne savions pas à quel niveau. Il y a des étapes ou le risque de contamination peut être accru.
A. Général : Sérono traquait les pyrogènes sans arrêt à toutes les étapes de la production d’hormone de croissance ?
Pradeau : Oui c’est comme cela que ça doit se passer. On a testé des lots de Sérono, ils étaient tous conformes à la législation en vigueur.
A.Général : En 96, vous avez donné une explication sur la libération des lots. Le dossier suivi de lots permet de suivre toutes les étapes. Existait il pour l’hormone de croissance ?
Pradeau : A notre connaissance, il devait y avoir un dossier suivi de lots mais nous n’en avons jamais eu connaissance !
A.Général : Cela existait il pour les autres médicaments produits par la PCH ?
Pradeau : Bien sûr, pour tous les médicaments. Pour l’hormone je ne dis pas qu’il n’existait pas, je dis qu’on n’en a jamais eu connaissance !
Honnorat : L’alerte internationale de 85. Avez vous été in formé de cette alerte ?
Pradeau : La réponse est oui. Nous devions statuer sur le produit qui nous était amené. Pour les traitements en cours de fabrication, nous ne contrôlions que les échantillons fournis. Nous rendions les résultats à Mollet. Nous ne participions à aucune réunion ou ces problèmes étaient évoqués. J’ai su l’alerte de 85 par un document interne à la PCH que j’ai lu. Nous n’avons jamais été sollicités pour donner notre avis sur ce point.
Mor : Vois méthodes de travail pour les autres produits de la PCH ?
Pradeau : Pour toute la production de la PCH, pour chaque fabricant il y avait un dossier de suivi de lots, pour la traçabilité. Dès qu’il y avait un problème quelconque, il y avait réunion des responsables pour y remédier. J’avais demandé une réunion pour l’hormone pour mettre en place une réglementation.
Mor : Vos moyens de travail. Y avait il une veille scientifique ?
Pradeau : Oui absolument, même pour l’hormone. Les premiers cas de Mcj ont été connus grâce à la veille scientifique. J’ai alerté Mollet, c’était en fin 85.
Leclerc : Vous avez donc signalé quelque chose qui était déjà su ?
Pradeau : Oui, mais je pense que cela était assez grave.
Leclerc : votre interlocuteur était donc Mollet ?
Pradeau : Oui absolument.
Leclerc : Vous vouliez voir l’Uria et Mollet vous ne l’a jamais proposé ?
Pradeau : C’est cela
Leclerc : Est-ce qu’en janvier 86, Mollet vous a informé que l’Uria avait été mise en garde concernant les pyrogènes ?
Pradeau : Je l’ai su beaucoup plus tard.
Chabert : Le prion est il une protéine ?
Pradeau : Oui
Chabert : Vos tests pouvaient ils la détecter ?
Pradeau : Non.
Chabert lit la déclaration de Pradeau en 96. Le témoin confirme ses dires. Les contrôles pyrogènes n’étaient pas obligatoires. C’est en 87, que ces tests sont devenus obligatoires.

Fin audition Pradeau 15h40.

Reprise audience 16h10.

Cerceau à la barre.

Président : Le 02 mai 85, vous avez écrit une note manuscrite sur ce qui s’est passé à l’époque. Le coup de marketing de Kabi pour l’hormone de croissance de synthèse ?
Cerceau : J’ai été informé par Job et Mollet de la nature de la réunion de Copenhague. Etait convié pour l’Europe, les représentants des autorités sanitaires, des prescripteurs Job et Chatelain et en support scientifique Dray et Scherman, mais pas la PCH. J’ai eu les commentaires de Chatelain. A la fin de cette réunion, les représentants français sont informés par Nordisk que cette réunion était en fait une réunion de marketing et qu’ils avaient été « enfumés ».
Kabi arrêtait totalement sa production d’hormones extractives pour 3 raisons :
= On ne pouvait éviter de prendre des hypophyses contaminées.
= On n’était pas sûr du traitement à l’urée.
= On ne pouvait identifier si le produit est contaminant.
La technique de l’urée à l’époque était source de controverse (Brawn). La méthode marketing de Kabi a été évoquée comme très bonne par une école de communication de Stockholm 3 ans plus tard.
Président lit la lettre que Cerceau a écrite au ministère de la santé via le directeur général de la santé, Dangoumeau. ( Du doigt, Cerceau scande en silence les propos du président).
Cerceau : Pour moi la question de la crise relevait du ministère de la santé et que nous ne pouvions continuer à distribuer l’hormone de croissance sans un accord écrit. C’est Job et Mollet qui ont rédigé cette lettre que j’ai cosignée. Le 07 mai 85, j’ai reçu une lettre par porteur de la direction générale de la pharmacie. Il y avait un rapport très technique de Dray et Mollet, rapport que je ne discute pas étant trop technique. Le 14 mai réunion exceptionnelle du C.A de Franc-Hypophyse. Je rappelle que je n’étais pas dans ce CA. Devant l’importance des faits, Mollet m’invite à y participer. On devait rendre les 30 gr d’hormone de la PCH à l’Uria pour retraitement. Cette décision a été prise avant cette réunion du 14 et donc entérinée par la dite réunion. C’est dans ce cas de transfert que les fameux 5 gr de l’Uria ont été remis à la PCH. France-Hypophyse était chargée d’homogénéiser les pratiques de tous les producteurs, firmes et labos.
02 juillet Mollet m’informe qu’il veut détruire des flacons. J’étais d’accord (toutes marques et tous les flacons). En 92, lorsque j’ai essayé de mettre une traçabilité sur les lots/patients, j’ai retrouvé le lot 85031, il avait été distribué en juillet 85, le lot 85040 a été distribué jusqu’au 25 octobre 1985. Je me suis interrogé. Mais Mollet m’a donné tous les arguments comme quoi ils avaient été traités à l’urée. J’ai demandé à Mollet pourquoi ces lots n’avaient pas été détruits comme prévu. Il m’a dit « J’ai eu l’autorisation de Job ». Mais je n’ai jamais trouvé trace écrite de cette autorisation. Il y a eu en tout 7 gr Uria traités à l’urée mais non à la concanavsaline, et 50 gr Nordisk traité à la concanavaline mais non traité à l’urée.
Président : On vous reproche sur le plan civil uniquement la tromperie. Le président lit l’acte d’accusation reproché à Cerceau.
Cerceau : Je suis bouleversé qu’une partie civile considère qu’on a injecté à leur enfant des cellules cancéreuses sur le lot 75 (ACE). Sur le traitement à l’urée, j’ai appris la distribution des produits non retraités à l’urée en octobre 92. J’ai appris le drame américain avec l’hormone archaïque Raben, j’avais dit à Mollet de tout détruire. Je ne peux vous en dire plus. Sur les mélanges de lots, on ne retient que la contamination croisée ne peut venir que d’un manque de nettoyage. Mais nous traitions d’autres médicaments avec ce matériel. Si cela était vrai on aurait eu une véritable épidémie. J’ai le sentiment que vous êtes perplexe, M. le président ?
Président : Je ne suis pas perplexe, je réfléchissais. Il parle ensuite du comportement volontaire ou involontaire de Cerceau, sur ses actes.
Cerceau : Est-ce que j’ai voulu tromper ?
Président : On peut dire ça comme cela !
Cerceau : J’essaye de réfléchir à quels moments, j’ai voulu induire ce drame, la volonté de le déclencher. C’est le pharmacien responsable qui libère le lot. Ce n’est en aucun cas la décision du directeur de la pharmacie centrale.
Assesseur : Votre recherche montre en 92, votre volonté de retrouver les lots contaminants. Les déclarations de Mme Pradel, que pensez-vous de ses travaux ?
Cerceau : Je suis parti de la même hypothèse que Mme Pradel et non pas celle de l’Igas qui disait que les. Hormones de France-Hypophyse étaient moyennement contaminées de 83 à 84, fortement contaminées en 85 et faiblement contaminées après 85. Pour l’Igas tout était contaminé. Je suis parti d’une hypothèse différente. Ce n’est pas l’hormone qui est contaminée, c’est un produit dans l’hormone. Comment j’ai fais ce choix, j’ai constaté que les lots distribués avant fin 83 n’avaient amené aucun cas de Mcj, c’était épidémiologique : 650 patients traités de 73 à novembre 83, aucun cas recensé.
Cerceau parle ensuite de ses recherches en vue d’éliminer des lots contaminés ou pas, les patients traités avant fin 83 ont eu beaucoup d’hormone France.hypophyse et un peu d’hormone de firmes industrielles.
Mor : La période des lots contaminant antérieur à 83 ?
Cerceau : Je ne conteste pas le rapport Pradel, mais elle se base sur un lot de province, Brest je crois pour le cas Malléjac. Je conçois que la période des lots contaminant puisse effectivement commencer en novembre 83.
Mor : Notions de lots antérieurs ou ultérieurs à retraiter ou pas ? Lots chez les patients ?
Cerceau : Pour être clair, le directeur de la pharmacie centrale ne prend pas cette décision, c’est Mollet qui doit la prendre. Sur la demande de Kabi, nous avons retiré les lots qui étaient à la PCH. Job avait dit aux parents d’enfants traités, à la réunion de 85 de continuer les traitements.
Mor : L’information aux patients. Vous êtes responsable d’un établissement qui distribue des produits pharmaceutiques.
Cerceau (un peu agacé il me semble) se lance dans une explication vaseuse de parturientes, d’accouchements etc… (Je n’ai pas très bien compris ou il voulait en venir. Pour reprendre son expression, je crois qu’il « enfume Mor ») Il évoque des notes et ce qu’elles valent (geste fataliste de la main)
Mor pour répliquer évoque l’affaire Toyota ou un constructeur automobile pour un problème de freinage rappelle tous ses véhicules, ceux qui se trouvent dans ses garages mais également ceux qui se trouvent déjà chez ses clients.
Cerceau : Vous avez mille fois raison, la prochaine j’essayerai d’être le pharmacien responsable sur ce coup là ( les lecteurs apprécieront cette remarque…)
(Pour ma part j’ai trouvé Cerceau un peu désinvolte, voir cynique. Il s’est retranché uniquement derrière sa fonction et ce qu’elle lui imposait ou pas, il ne s’est pas mouillé, indiquant souvent que c’était à Mollet de prendre les décisions. Pourtant il me semble que c’était bien lui qui était le directeur de la pharmacie).

Fin d’audition de Cerceau 17h40.

Dray a souhaité son retour à la barre pour expliquer certaines notes de Gadjuzek de 1976 et l’utilisation de l’urée en 1969.

Fin d’audience 18h00.