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Nouvelles juridiques

Procès semaine du 9 au 11 avril 2008
(mardi 15 avril 2008)

Une semaine de témoignages des paries civiles, toujours poignants malgré la répétition, avec quelques points forts chaque jours.

Chez les prévenus, un M Dray consultant toujours ses notes pour échapper sans doute aux propos du prétoire, un M Job toujours aussi arrogant, lorsqu’il ne dort pas, riant durant les interruptions de séance alors que les familles pleurent, dédaigneux du mal qu’il a fait, mielleux devant le Président, une Mme Mugnier, qui rejoint son patron sous le poids des accusations.

Une série de POURQUOI, d’une partie civile, mais sans réponse pour le moment.


Semaine du 09 au 11 avril 2008.

Journée du 09 avril 2008.

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Nous continuons les familles parties civiles de maître Fau.

Chalvignac, Corinne………………….page 192 ordonnance de renvoi.

Témoin : je suis la maman de Corinne. En 1980, un déficit en hormone de croissance est signalé, la taille adulte projetée était d’ 1, 40m. Le traitement a été proposé par France hypophyse avec des hormones fabriquées par Pasteur, Pasteur et sa renommée mondiale. Nous faisions les piqûres à tour de rôle avec son père. En fin de traitement, elle mesurait 1, 56m. Elle a fait des études brillantes, bac, puis 2 ans d’études aux USA. E, 1992, nous apprenons les premiers cas français, c’est l’effondrement, nous n’avons eu aucune info ni en 85 ni en 92. On aurait du avoir le choix en 85, l’arrêt ou la continuation de ce traitement. En 1995, les premiers symptômes apparaissent. Il n’est pas besoin de les rappeler ici, beaucoup de familles l’ont fait avant moi. C’est Agid qui a posé le diagnostic de la MCJ. Aucun traitement, attendre, attendre impuissant, attendre la mort d’une jeune fille de 25 ans. Elle a du le savoir mais n’en parlait pas voulant nous protéger. Un soir elle me l’a avoué qu’elle savait qu’elle allait mourir. Elle voulait vivre mais ce soir là on a parlé de la mort. Comment la rassurer, la calmer, quels mots dire ou ne pas dire ? Quels parents sont préparés à accompagner leur enfant vers la mort ? Un jour elle a décidé de préparer son enterrement, elle a choisit sa robe, la couleur de son cercueil, les textes à dire, la musique. Ce fut insoutenable. Elle sa faisait beaucoup de soucis pour nous, mais aussi surtout pour son petit frère. Elle a voulut aller à Lourdes avec un train de pèlerins et de malades, je l’ai accompagné. Elle a tenu le choc et a participé à tout. A son retour, elle était plus sereine. Elle est morte dans nos bras. Notre fils n’a pas supporté la mort de sa sœur, il a sombré dans l’alcool et la drogue et a même fait de la prison. Nous survivons aujourd’hui. Nous attendons des responsabilités pour les uns et les autres. Si un jour on élève une stèle à la mémoire de nos enfants morts, il ne faudra pas inscrire morts pour la France mais morts tués par des scientifiques.

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Baziz, Kamel…………………………page 229 ordonnance de renvoi.

Fadila : je suis la sœur de Kamel. Je ne vais pas décrire les signes de la maladie, vous les connaissez. On n’est pas grand dans la famille. Je parle au nom de ma mère qui s’est sacrifiée pour ses enfants. Elle a perdu son père, puis son mari à 32 ans, 4 enfants et elle perd son espoir son fils unique de 32 ans. Lorsque je suis allé au procès, elle m’a dit " tu ne pourras pas le ramener". Son espérance complètement anéantie. A 4 ans on décèle son retard de croissance, mais il ne sera traité qu’a parti de 16 ans en 1984. Pourquoi on n’a pas attendu, cela n’était pas vital pour lui. Il était en pleine puberté. On se posait plein de questions. En 1984, des essais cliniques ont même été faits à l’hormone biosynthétique. Mais nous les français on a toujours été les meilleurs avec notre hormone. Kamel était un fêtard, mais il a vite dépérit. On a eu de la chance de connaître l’association AVHC et le docteur Brandel. La paperasserie ça tue les familles. En 1998, on s’est relayé avec mes sœurs pour aider notre mère. Même moi qui suis dans le domaine médical, je n’ai rien su, à part un peu dans mes études. Mais le quotidien était de parer à tout cela. En 1999, j’ai acheté une maison pour accueillir ma mère et mon frère malade. Ma mère a appris tous les gestes infirmiers pour soigner mon frère. Je travaillais dur pour mon travail et après pour soigner mon frère. Je ne faisais pas attention à moi. Mon seul bonheur dans ce malheur a été que je tombe enceinte. On s’est relayé avec mes sœurs, toutes nos vies ont été chamboulées. Quand j’ai accouché ma mère s’est occupée de mon enfant, ça l’a changé un peu. Elle est devenue une super technicienne des soins palliatifs. Que dire, c’est trop dur de vivre tout cela !

En 1984, il n’aurait jamais du avoir ce traitement, ce n’était pas un besoin vital. Après nous les filles, il n’aurait plus de Baziz. Cela a été dur même dans les soins ; L’interne ne voulait pas faire d’aspiration broncho-pulmonaire pour pas à avoir jeter l’appareil ensuite comme il disait. Quelle humiliation ! Ma fille de 8 ans n’a pas connu son oncle. Il a été lucide jusqu’à la fin. Cette dernière larme qui a coulé de ses yeux, c’est un ressenti de désespoir familial. J’ai de la peine pour mon frère, ma mère. Nous sommes une famille marquée, par l’injustice.

Vous nous avez enlevé le seul mâle qui nous restait dans notre famille, vous auriez du vous abstenir, ce n’était pas vital. Mariana : je suis la jeune sœur de Kamel. Je voudrais rendre hommage au courage exceptionnel de mon frère, aux victimes, à leurs familles. Kamel pendant 3 ans, il s’est accroché à la vie, il ne voulait pas savoir, car il connaissait l’issue fatale. Moi non plus je n’ai pas oublié cette larme qui coulait de sa joue, le dernier baiser de ma mère alors qu’il rendait l’âme. La réaction de ma fille m’a ébranlée quand mon frère est mort. Le merveilleux pour moi aujourd’hui, c’est que justice serait faite.

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Sicco, Sylvain …………………..page 248 ordonnance de renvoi. Décédé le 21/08/2002.

Barbara : il était mon unique frère. Je représente ici mes parents. Cela était trop difficile pour eux de venir aujourd’hui. Sa projection adulte de taille était d’1, 40m. A 21 ans, il a commencé à avoir les premiers troubles. On croyait qu’il buvait. Puis la suite, il a tout le temps lutté. 7 ans de soins intensifs, de lutte intensive, de combat. Il est resté dans le coma longtemps. Aujourd’hui il reste une vie à reconstruite sur un amas de pierres agglutinées.

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Saget, Jimmy…………………….page 260 ordonnance de renvoi.

Maria : je suis la maman de Jimmy. Son histoire est courte et longue en même temps. Dès la naissance, il a été souffrant. Mais on ne nous disait jamais rien. Puis un jour il est allé à Amiens. Il a eu un traitement par hormones de croissance humaine. C’était l’infirmière ou moi qui lui faisais les piqûres. Un jour il a entendu à la télévision qu’un enfant de 16 ans était décédé suite au traitement d’hormones. A 10 ans, il m’a demandé si il allait mourir. Son médecin lui a dit qu’il ne serait pas contaminé. On a vécu avec une angoisse constante. Il est devenu de plus en plus agressif avec moi, les troubles sont arrivés (la vision et tout le reste). Il voulait vivre et faisait beaucoup de projets. Cela été difficile d’avoir des documents. On s’est senti abandonné, on a du se débrouiller toujours dans l’ignorance. Pendant des mois, il a fallu le laver, le changer, la maladie qui avançait pour le détruire. Il faisait tout le temps des projets. Un jour j’ai du le mettre sur un fauteuil roulant. Un médecin de la Cram est même venu chez nous faire un contrôle, il pensait que Jimmy simulait son handicap. Il lui a dit que c’était la MCJ. Jimmy a demandé que ce soit sa sœur qui le soigne. Je dis merci à ma fille qui m’a donné beaucoup de courage. Il ne nous a jamais déçu jusqu’au dernier jour. Il a attendu que nous soyons tous autour de lui pour partir, c’était une épreuve très, très dure, horrible, dans des conditions terribles.

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Bianco, Gilles………….audition de parents déjà effectuée

Sandrine : je m’appelle Sandrine Brochard, j’étais la fiancée de Gilles Bianco. Je veux parler de lui en tant qu’homme et non pas en tant qu’enfant. On s’est connue en 93 dans une soirée de notre entreprise, le coup de foudre. En 1994, on s’est fiancé, on vivait ensemble à Mérignac quand Gilles est tombé malade. C’est en rentrant d’un entraînement de football que tout a commencé et que les troubles sont apparus. En Octobre, on s’est installé dans son village natal, chez sa maman, puis ensuite dans la maison de son père. En mars 1994, le diagnostic de la MCJ a été posé. Les choses se sont précipitées. Il n’était plus un être humain avec tous ces soins. J’ai installé mon lit au rez de chaussée à côté du sien. Gilles s’est résigné d’habiter chez son père, car il ne pouvait plus monter les escaliers chez sa mère. Je pense que son père n’a pas parlé de moi, pourtant nous étions très amoureux. Moi également j’ai une maladie, et je prends aussi de l’hormone de croissance. Je n’ai pas d’angoisses particulières, enfin j’espère. Je n’ai pas de rancoeur contre ces personnes prévenues. Ils sont âgés et leur temps viendra bientôt. Je voudrais rendre hommage aux personnes qui ont perdu un enfant. Je remercie Mme Goerrian qui a permit que je témoigne aujourd’hui.

Tribunal : M. l’expert pourriez-vous dire les risques de transmission de la mère à l’enfant ?

Billette : Aujourd’hui aucun cas de transmission n’est connu d’une victime à son conjoint et à son enfant. Je fais une réponse à priori car cette maladie est encore bien mal connue.

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Parties civiles ayant pour avocat maître Bibal.

Boisrame, Claude………………….page 179 ordonnance de renvoi.

Jean : je suis le père de Claude. Elle est née en 1974. Dès sa naissance, elle a été soignée pour des problèmes urinaires. Elle a eu son traitement par hormones de croissance extractives de 83 à 84. On a fait nous-mêmes les piqûres. On a eu ce traitement car elle souffrait beaucoup des moqueries de ses camarades d’école suite à sa petite taille. Puis les troubles sont arrivés. C’est à Paris que le diagnostic de la MCJ a été posé. J’étais gendarme j’ai demandé une nouvelle affectation pour avoir un logement plus adapté. Ma fille devait avoir sa mère 24/24 h, ma femme a du quitter son travail. Il n’y avait que son regard pour s’exprimer. Nous savions que Claude était condamnée. Le 08/05/1995, j’étais avec elle quand elle est décédée Nous avions fait confiance pour son bien dans ce traitement. Son décès a détruit notre famille, j’ai divorcé d’avec ma femme. Elle voulait vivre. Malgré son départ, elle est toujours présente parmi nous. J’ai la haine pour ceux qui sont responsables. J’ai foi en la justice de mon pays.

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Bekka, Abdelmalek………………..page 231 ordonnance de renvoi.

Saïd : je suis le papa d’Abdelmalek. Il était sportif, il faisait du foot et de la boxe. Sa scolarité a été normale. Il a été soigné pour un goitre. En 83, il a commencé son traitement par hormones de croissance : 28 doses par trimestre.

En 1994, il a travaillé avec moi dans mon restaurant. En 1998, il a fait un malaise dans le métro et a faillit tomber sur les voies, c’est son ami qui l’a amené aux urgences de l’hôpital. Il a consulté car il avait toujours un tremblement au pied. Le diagnostic a été posé pour la MCJ. Nous avons du mettre un lit médicalisé. Dans ce tribunal, on a déjà entendu de nombreuses fois tous ces témoignages. Si j’avais su le risque je n’aurai pas accepté ce traitement. Depuis l’ouverture du procès je n’ai jamais manqué une seule séance. Vous vous rejetez tous la balle, pourquoi avoir fermé les yeux ? Quelles étaient vos motivations ? Vous avez brisé des vies entières. (Témoignage digne mais dur)

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Besmaïn, Nassima…………………..page 167 ordonnance de renvoi.

Halima : Je suis la maman de Nassima. Elle était adorable, pleine de vie, elle était tout. C’est moi qui lui ai fait ces piqûres dès l’âge de 4 ans, sans lui demander son avis. (Témoin en pleurs aidé par maître Bibal à la barre).

Ca a été terrible pour elle, elle souffrait. A 11 ans, elle a commencé…. (pleurs)

Le professeur de Rangoeuil m’a dit qu’elle avait un risque très faible, elle n’avait rien en fait. Après les vacances en 1993, elle a commencé à perdre l’équilibre, on m’a dit qu’elle allait mourir. A petit feu la maladie l’a prise (marche impossible, grabataire). Je suis allée à Lourdes pour un miracle, il n’a pas eu lieu. Je voulais qu’elle vive. De plus en plus elle se dégradait. Elle mourait à petit feu. Elle nous a quittés en 1995. Son frère de 12 ans a voulut se suicider, il ne supportait pas la mort de sa sœur. Mon autre fille ne veut pas sortir de la maternelle, car elle a peur de mourir aussi. Elle veut être un garçon car les garçons eux ne meurent pas. C’est horrible, monsieur le président. C’est moi qui ai pris la décision de la traiter. Si je n’avais pas décidé à sa place, elle sera encore là aujourd’hui.

(Audition très dure, la maman très affectée à la barre, en pleurs)

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Mondon, Daniel………..famille non présente…page 217 ordonnance de renvoi.

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Familles non parties civiles.

Baouh, Icham……………………………page 262 ordonnance de renvoi.

Moffa, François…………………………..page 171 ordonnance de renvoi

Badi, Ismaêl……………………………….page 185 ordonnance de renvoi

Briffa, Denis………………………………..page 176 ordonnance de renvoi.

Fin de journée.

Journée du 10 avril 2008

Partie civile sans avocat.

Bisio, Denis………………………….page 181 ordonnance de renvoi.

Sylvie : je suis la maman de Denis. Je voudrais tout d’abord remercier l’association MCJ HCC de Mrs Mathieu et Tison sans lesquels je ne pourrai apporter mon témoignage aujourd’hui. Denis était brillant, il avait 24 ans. Ce que je reproche à ces gens apprentis sorciers, c’est qu’ils n’ont pas informés les parents. Ils étaient au courant de l’alerte américaine de 1985. A aucun moment, et je veux le dire très fort et très haut, ils n’ont rien dit sur les risques, sinon quels parents auraient accepté ce traitement ? Mais là, rien ! Responsables mais pas coupables cette phrase que tout le monde connaît. Quand on est responsable, on délègue, et on surveille cette délégation. Qui a demandé de prélever des hypophyses n’importe comment ? 7,50 euros le prix d’une hypophyse donnée à nos enfants ! Pourquoi ne pas avoir donné aux parents le droit de décider, ce droit on ne l’a pas eu. Je ne vais pas vous parler de la maladie, vous le savez beaucoup de parents se sont succédés à la barre. Il était bon et généreux. Toutes ces personnes bardées de titres ronflants mais indignes ! Tous ces dégâts, ces familles éclatées ! L’institut Pasteur, un monument, on avait confiance. On s’est rendu compte ensuite que notre confiance était bien mal placée. Quand il a eu ce traitement, il était très heureux. Mais semaines après semaines, mois après moi, si l’enfer existe, ces familles l’ont vécu sur terre. D’être là à vous parler, me fait un bien fou. J’espère que justice sera faîte.

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Famille de victimes ne s’étant pas porté partie civile ou n’étant pas présente ce jour.

Bernard, Bertrand……………………page 188 ordonnance de renvoi.

Aldebert, Alexandra……………………page 190 ordonnance de renvoi.

Marquet, Agnès……………………….. page 193 ordonnance de renvoi.

Hourri, Fatima………………………….page 216 ordonnance de renvoi.

Pornin, Sandrine…………………….page 240 ordonnance de renvoi.

Valentin, Franck……………………..page 244 ordonnance de renvoi.

Brunner, Kevin……………………….page 234 ordonnance de renvoi.

Cogny, Frédéric………………………page 252 ordonnance de renvoi.

Dautriche, Emmanuel…………………page 261 ordonnance de renvoi.

Leliervre, Emmeric……..pas d’expertise non inscrit sur l’ordonnance de renvoi.

Norroy, Isabelle……………………….page 158 ordonnance de renvoi.

Espin, Nicanor…………………………Page 166 ordonnance de renvoi.

Fricou, Dominique……………………..page 218 ordonnance de renvoi.

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A 16h15, polémique, le président du tribunal annonce la fin de journée et ce malgré la présence de Mme Hochedez, Cathy qui a été convoquée pour ce jour pour être entendue en tant que partie civile (veuve Hochedez Christophe). Après avoir été avisé de sa présence, il demande à Mme Hochedez de venir demain pour être entendue (elle vient de Toulon).Tollé des parties civiles de l’association MCJ HCC qui prennent la voix pour dénoncer cette injustice flagrante. La greffière indique à Mme Hochedez d’attendre, le tribunal revient et ré ouvre la session.

Hochedez Cathy : Je suis la veuve de Christophe Hochedez. Je suis venu de Toulon pour m’exprimer. Je n’ai pas d’avocat. J’ai connu Christophe à 17 ans, Quand il est tombé malade, nous étions mariés depuis 4 mois. Il était gentil, adorable, il ne méritait pas cela. Quand il a été malade on a pensé à une sclérose en plaques. Puis on a évoqué la MCJ. Il a commencé par ne plus pouvoir uriner, on devait courir aux urgences pour lui poser une sonde. Je n’avais pas 25 ans et lui 27. On a été fauché dans notre jeunesse. J’ai vécu 15 mois de douleur, j’étais seule, je l’ai lavé, soigné pour qu’il garde sa dignité. Personne ne nous a rien dit, ni à moi ni à lui. Jamais, jamais on a eu de soutien psychologique, à part l’association MCJ HCC. Personne n’a jamais voulu nous dire clairement que c’était cela. Je l’ai gardé jusqu’au bout pour qu’il reste un homme. Il ne pouvait plus rien dire. Je veux témoigner en tant que femme, épouse. On voulait un enfant, il est parti dans le meilleur de sa vie. Cette colère qui m’empêche de vivre. Je ne sens coupable d’être en vie. Je leur en veux, je suis en colère. Aucun punition ne sera à la hauteur ce que qu’ils ont fait.

Fin de journée du 10 avril 2008.

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AUDIENCE DU 11 AVRIL 2008

ARROUAS Laurent

Lise : Je suis l’épouse de Laurent et la mère d’Estelle, notre fille. Lise lit une lettre de l’institutrice d’Estelle qui note les progrès réalisés de sa fille, aussi bien au niveau scolaire, qu’au niveau personnalité. Elle travaille bien et est de plus en plus épanouie. Par contre l’institutrice exprime sa crainte que le procès, et la médiatisation du cas de Laurent, par la diffusion du film projeté, ne viennent perturber cette évolution très positive.

La lecture terminée Lise reprend sa description de leur vie. Ils se sont rencontrés en 1994 et il parlait de son traitement et de son inefficacité car il était toujours petit, et de la peur d’être contaminé. Ils se sont mariés le 29 Août 1996 et il commençait à avoir confiance en lui. En 1997 ils ont un contact avec Mme Gourmelen pour savoir si Laurent pouvait être contaminé. Sa réponse est que le risque existe jusqu’en 2000 (15 ans d’incubation), mais que la descendance ne risque rien. Le 29 avril 1998, Estelle nait et Laurent comprend qu’il peut-être chef de famille.

En 1999, il parlait fréquemment de la MCJ et avait peur de l’avoir. Il fait une dépression. Puis il voulait un 2ème enfant.

En 2003, changement, il devient agressif, ne parle plus et est triste, dur avec sa fille et durant les vacances devient boulimique. Au retour de vacances ils ont un contact avec une généraliste qui pense à une schizophrénie. Laurent ne veut pas être interné.

Il commence des examens à St Antoine, sans résultat et Lise envoie Estelle chez sa mère, car elle s’occupe de Laurent qui ne tient plus sur ses jambes, (et pèse 25 kg de plus qu’elle), est incontinent.

Estelle est revenue chez ses parents car elle allait de plus en plus mal. La MCJ est frontale, avec des pulsions sexuelles importantes. Estelle est en CP et est baptisée La Vache Folle par ses petits camarades… car sur Internet si vous tapez Vache Folle vous trouvez le visage de Laurent avec son regard fixe. Pendant les derniers mois de sa maladie, se sont les parents de Laurent qui s’en sont occupé. Estelle ne voulait plus voir son père, elle avait peur de lui.

Estelle ne veut pas voir de médecin, pas de médicaments, elle a peur de tout, de la foule, des cris, elle est phobique et était anorexique. Lise a pu voir Laurent quelques heures avant sa mort, ils se sont dit au revoir.

Elles sont parties dans le Sud et cela va mieux, Estelle n’en veut pas à son père mais a peur d’avoir la maladie. Mais avec la diffusion du film elle a peur que ça recommence.

Lise est là, au tribunal, pour que les prévenus entendent ce qu’ils ont faits à Laurent, à elle, Lise, mais surtout à Estelle. Ils ont détruits sa vie de petite fille, mais aussi, sans doute, sa vie de femme.

Lise lit un mot de sa petite fille Estelle : Messieurs, vous avez mal fait votre travail ! Si vous l’aviez bien fait, mon papa serait là. Me Mor pose des questions à Mme Gourmelen qui explique que la petite taille peut venir d’autre chose que de l’hormone de croissance, puisque dans cette famille la grand-mère ne mesure que 1,44m. Mme Goumelen dit qu’elle avait demandé un arrêt du traitement, mais le comité d’attribution, après examen, a décidé de continuer. Pour information la règle d’arrêt était de grandir de moins de 4 cm par an, ce qui montait que le traitement était inefficace.

Famille LASSERE

Je suis Gérald le petit frère et ne mesure que 1,50m. Quand mon frère est décédé, j’avais 8 ans, je ne savais pas ce que cela voulait dire. Je n’ai que des souvenirs… Mon frère n’a pas été soigné mais assassiné.

Le Président lui rappelle qu’il est devant un Tribunal de Grande Instance, pas devant une Cour d’Assise.

Mes parents étaient malheureux. Ma mère se détruit par l’alcool pour oublier. Lui reste avec ses parents pour les soutenir, car il leur rappelle son frère. Il espère que les prévenus feront de la prison à vie, ils pourront voir leur famille, alors que lui ne pourra plus voir son frère.

Famille DELBREL

Francine : Je suis la mère de Bénédicte. 1/Si nous sommes là pour témoigner aujourd’hui, c’est grâce à l’amour des nôtres bien sûr et à l’affection de tous nos amis, notamment ceux de l’association MCJHCC créée en 1996. Avant, nous n’avions pas pu nous réunir car l’association GRANDIR faisait barrage, et refusait de nous donner les noms d’autres victimes. Elle nous dissuadait de porter plainte car, nous disait elle on n’en retirerait que des déceptions… J’ai vu mourir hélas, des membres de ma famille, notamment de cancers, j’ai assisté à leurs souffrances et à leur lente déchéance, mais jamais, jamais, je n’aurais pu imaginer que pareil calvaire pût exister.

Quand on a mal, quand on peut crier sa douleur, mendier une caresse…On ne connaît pas sa chance…

Quand on a peur, que l’angoisse vous étreint, mais que l’on peut réclamer le sédatif qui vous donnera l’oubli, on ne connaît pas sa chance. Chance, …Vocable paradoxal pour évoquer la douleur, la peur, le désespoir…Et pourtant pire existe.

Tout posséder en soi, hurler sans se faire entendre, souffrir sans mot dire alors qu’on est né homme…L’intolérable. L’enfer.

2/Lettre du professeur Moreau qui a accepté de garder Bénédicte dans un service où sont soignés les anorexiques.

« Au début de son hospitalisation, Bénédicte présentait un syndrome d’ataxie, avec des myoclonies (secousses musculaires) qui, survenant de façon très brutale, la précipitaient dans des chutes irrépressibles au cours desquelles elle s’est blessée à plusieurs reprises…Nous avons été frappés lors de l’admission puis des entretiens ultérieurs avec Bénédicte de la perte progressive de ses défenses psychiques qui mettait véritablement à nu son fonctionnement mental. Cet état est certainement à l’origine d’une souffrance morale très profonde dans la mesure où les perceptions et les intégrations cognitives étaient possibles sans que ses possibilités de réponse et de communication lui soient utilisables. Il est évident, qu’il y avait outre le pronostic mortel, un préjudice de souffrance physique et morale tout à fait considérable. »

Lors d’un déménagement à la rentrée en 6ème de Bénédicte, nous avons changé de pédiatre. Celui de Toulon qui la mesurait pourtant régulièrement n’avait jamais rien signalé sur la croissance de notre fille.

3/J’ouvre une parenthèse pour préciser certaines choses. (Dans l’esprit de beaucoup de personnes l’appellation de « nains », le terme de nanisme, évoque les gens qui ont un déficit thyroïdien entraînant des difformités alliées à une taille minuscule. Nos enfants avaient des déficits hypophysaires ce qui est totalement différent et une croissance lente mais d’harmonieuses proportions.

C’est important pour la plupart des familles que cette faute de jugement soit rectifiée. Très souvent dans les médias l’histoire de nos enfants est racontée, illustrée par des photos de nains thyroïdiens. Cette interprétation est fausse et je crois qu’il est utile de le rappeler.

A Brest, comme Bénédicte disait qu’elle était une des plus petites de la classe, le nouveau pédiatre l’a envoyée consulter son copain endocrinologue. Tests pratiqués …Au terme de ces tests, on devait faire un scanner de l’hypophyse pour boucler les examens mais notre fille a refusé catégoriquement…

Refus de Paris…Elle n’était pas assez petite. Il est vrai qu’elle n’avait qu’un déficit partiel…Nous avons été très déçus car quand on nous a dit que ce produit était fabriqué par l’institut Pasteur j’étais enthousiasmée et j’aurais fait n’importe quoi pour en obtenir. Je pensais que certaines personnes 4/fabriquaient trop d’hormones de croissance et qu’on leur en prélevait pour en donner à d’autres car jamais on nous a signalé le moindre danger,ni même en 85 alors que nous avions les produits dangereux dans notre réfrigérateur à côté des yaourts… Renault Citroen, Peugeot rappellent leurs modèles défectueux quand il y a un problème, kabi vitrum l’a fait aussi, mais l’institut Pasteur :NON. La vie a continué. On a surveillé la croissance…4CM par an…Rien de bien dramatique. Bénédicte devenait de plus en plus belle, sportive, amoureuse de la montagne. A notre grande surprise l’année d’après (au moment où le stakhanovisme des prélèvements a commencé) en 83 donc, la commission a accepté alors qu’on n’y pensait même plus…

On instaure les piqûres. Elle supporte avec humour en disant…Mes chers parents, bientôt je vais vous regarder de haut… Durant tout le traitement elle a continué à prendre 4cm à 5 cm par an…Cependant, fréquemment elle avait des toux alors qu’avant l’instauration du traitement, elle était en pleine forme…Quand on a arrêté en 86, l’endocrino nous a dit : « c’est un traitement de cheval pour pas grand chose » Du pipi de chat… Elle mesurait 1M 59.

5/Comme ma jeune sœur.

Qui n’a pas eu d’hormones de croissance… En 90, crises d’angoisses…On ne comprend rien car tout lui réussit. Succès scolaires, vie affective, .Elle devient belle comme un cœur.Mais elle a souvent la fièvre et des pneumopathies. Et puis cet état s’estompe. Août 92 Elle escalade avec 3 copains la grande muraille de Gavarnie : 300mètres de haut, 300mètres de descente en rappel. Les troubles de la marche commencent quelques jours après. Au cours de cette escalade elle aurait pu tomber, se fracasser contre les rochers à la suite de vertiges…On aurait conclu à un accident de montagne. Une autre fois, elle accélère en voiture alors qu’il fallait freiner…Mon pied ne m’a pas obéi, nous dit elle. J’ai l’intime conviction que beaucoup de jeunes traités sont morts accidentellement sans que la MCJ soit diagnostiquée.

Puis, lent et intolérable cortège de symptômes. Je les passerai sous silence car tout le monde ici les connaît… Cependant, il est de mon devoir d’évoquer une partie du parcours de Bénédicte pour montrer aux prévenus, même s’ils le savent déjà vers quelles 6/horreurs insensées leur silence a entraîné des jeunes innocents.

On consulte : 1er neurologue : Batterie de tests. 2ieme neurologue :IRM, ponction lombaire…3ieme neurologue…petit séjour en clinique : c’est pas une sclérose en plaques c’est pas organique : allez voir un psychiatre …

Quelques extraits kafkaiens du parcours psy de Bénédicte dignes d’un polar d’épouvante. Ça me fait très mal d’en parler, je vous demande d’avance de m’excuser si je n’arrive pas au bout du récit mais il est important que je témoigne publiquement pour elle..

Le psy, que j’appellerai Sigmund, si vous le permettez veut qu’elle le paye en liquide (ça fait partie de la thérapie de sentir les billets filer de vos doigts). Il diagnostique une hystérie. Il nous envoie consulter un collègue qui pratique la thérapie familiale en complément de la sienne. Le père, la mère, les frères doivent s’associer. Un de nos fils prépare des concours, l’autre est en patrouille de sous marins quelque part au milieu de l’atlantique. Ils ont tous deux de jeunes enfants…C’est pas le problème du psy qui conseille à mon mari d’arrêter son métier de marin immédiatement. 7/Nous sortons de là encore plus bouleversés en nous demandant par quels mécanismes diaboliques l’amour des parents pouvait à ce point perturber des enfants. Bénédicte nous dit :Vous voyez bien qu’il est complètement barjo, je n’y mettrai plus les pieds. Je préfère l’autre, il me rassure.

Sigmund me demande de ne jamais l’accompagner et insiste plusieurs fois. Ce doit être une démarche complètement personnelle. Elle se rend aux consultations avec sa fiat, qu’elle cabosse dans tous les sens. Quand je pense rétrospectivement qu’elle aurait pu tuer un enfant j’en frémis. Le psy m’ordonne de partir sur Brest où nous avons récemment déménagé, seule, car c’est mon regard qui contraint ma fille à se comporter de la sorte. Notre fille vit à BX cohabite avec une amie… Elle commence à avoir des myoclonies, tombe, se sent propulsée contre le mur, ou hors du lit comme par une force infernale. Elle a des entailles et des bleus partout.

Désespérés, et contre l’avis du psy, nous allons la chercher nous n’en pouvons plus. Sigmund nous qualifie de maladroits. Nous la couvons trop. Elle veut retomber en enfance.. « Vous allez voir, madame, bientôt il va lui falloir des couches »…Et oui…hélas !Elle est en pleine régression. Vous voyez bien qu’elle se met à avoir une voix de petite 8/symptôme de la MCJ.

8/Un jour, Bénédicte_ que je ne dois pas aider_ est poussée depuis le haut des escaliers par une violente myoclônie et se fracasse le visage contre le mur de l’entrée . Elle se casse toutes les dents… Elle se met à interpréter ses chutes et déclare : « Tu vois maman, le psy a raison, sans doute inconsciemment, j’ai voulu me faire des dents de lait » Reconsultation à Brest. Ophtalmo, neurologue, psy… Qui veut tenter l’hypnose, et, si ça ne marche pas…Les électrochocs… Bénédicte veut revenir à BX, avec tous ses amis. Je repars donc avec elle…

Dernière solution donnée par le psy. Nous sommes trop nocifs. Il faut la séparer de nous en interdisant toute communication avec nous.. Elle est désespérée mais se prête à cette nouvelle aberration avec un courage de vaillant petit soldat. Mais elle devra depuis l’hôpital, commander un taxi toute seule pour aller continuer sa thérapie…Alors qu’elle ne peut même plus se servir de ses mains. Depuis l’hôpital, c’est une de mes amies qui l’accompagne chez le psy puisque je suis nocive. Ils ont eu du mal à desserrer ses doigts cramponnés sur la rampe.

Ma fille a passé, seule, son dernier premier de l’an dans la chambre 18 de l’hôpital, alors qu’elle va mourir. Elle hurle d’angoisse et je ne suis pas là.

9/C’est un jeune interne Gilles,qui, lui, prend le temps de lire les publications et qui se rend compte avec effroi et remet le diagnostic en cause. Personne n’avait entendu parler de la conséquence mortelle des piqûres d’hormones.

On m’annonce le verdict. Je me souviens…C’était à l’hôpital des enfants où j’avais été convoquée…Les murs étaient verts, orange et blancs…Une maman passe, tenant par la main un enfant asexué pâle et chauve :Je pense. « Elle a de la chance, lui au moins a peut être une chance de s’en sortir » Et puis…plus rien…Je ne sais plus ce que je fais, là, qui je suis, si j’ai une voiture, où elle est garée…La conscience revient…Je me précipite pour la prendre enfin dans mes bras et je ne la quitterai plus. Je vous fais grâce du récit de l’insupportable agonie…mais je tiens à répéter cette phrase de mon enfant qui n’y voyait presque plus. Elle m’a entendu marcher dans le couloir et a eu cette phrase : « Maman, c’est toi, je t’ai reconnue avec les yeux de mon cœur…Ce n’est pas psychologique ? Je suis heureuse , je vais pouvoir enfin vous aimer comme je le sens » Permettez moi de dire M le Juge, combien il est insupportable sur le plan humain qu’aucun des prévenus assis là, derrière moi ne se remette publiquement en cause. Certains rêvassent, d’autres dessinent, d’autres somnolent, bref ils attendent 10/Plus que 5 semaines et on va pouvoir retourner à nos occupations, et on l’aura bien mérité. Aucun d’eux, au cours des débats n’a eu le courage ou la décence de dire :

« j’aurais dû, j’aurais dû surveiller, j’aurais dû me renseigner, j’aurais dû être plus prudent, j’aurais dû mettre mes consignes par écrit et vérifier de temps en temps qu’elles étaient appliquées. J’aurais dû être plus humble et ne pas être aveuglé par l’appétit de gloire du monopole. Alors que nous les parents, on se dit « n’est ce pas M.AGID ? » J’aurais dû avoir davantage d’esprit critique, j’aurais dû ne pas être aveuglée par le nom de Pasteur, j’aurais dû me dire que le mieux apparent est toujours l’ennemi du bien.

Madame, messieurs si vous ne vous sentez vraiment pas coupables d’avoir engendré cette horreur, si vous continuez avec la même insupportable obstination à vous retrancher derrière des personnes décédées ou derrière des décisions collégiales, je crois que vos cas sont vraiment désespérés, et cela fait honte au corps médical tout entier. Pour finir sur une note positive, je vous donne lecture d’une lettre, celle de Gilles, le jeune interne qui l’a chouchoutée jusqu’au bout :

11/« J’étais désolé que personne ne m’ait prévenu de son départ. J’aurais aimé être présent. Avant de quitter le stage, je voulais vous en parler, mais je n’ai pas osé. C’était délicat…’Voir cette lettre dans le livre « Pour Bénédicte » de Francine Delbrel.

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Jean Guy : (avec une voix sûre, grave, ferme, écoutée) Je suis le père de Bénédicte. Je n’évoquerai pas le souvenir de Bénédicte, de sa vie, de son traitement, de son agonie. Lâcheté ?, pudeur du père ou de l’homme qui répugne à étaler ses sentiments ou à s’exposer à une émotion mal maîtrisée ? Je me contenterai d’évoquer seulement quelques questions auxquelles j’aurais souhaité voir apporter des réponses

Le sens critique m’a fait cruellement défaut lorsque j’acceptai le traitement pour Bénédicte, aveuglé sans doute par les titres de ceux que nous avions consultés et qui, nous le pensions, devaient nous conseiller en toute connaissance de cause. J’ai entendu répondre ici à beaucoup de comment ? J’aurais voulu que l’on réponde aussi à des pourquoi ?

Lorsque nous avons consulté avant de commencer le traitement de Bénédicte, nous n’avons reçu que des réponses évasives sur le traitement. Pourquoi ?

Nous pensions consulter des personnes compétentes pour nous conseiller utilement, et nous avons fait confiance, bêtement, aux titres affichés. Je me suis rendu compte ici que les prescripteurs ne savaient pas grand chose sur ce traitement que pourtant ils conseillaient et prescrivaient. Pourquoi ?

Après avoir été refusé, le traitement pour Bénédicte fut accepté un an plus tard ? Pourquoi ? Son état s’était-il aggravé ? Mais il n’y avait eu aucune analyse, aucun examen supplémentaire. Alors Pourquoi ? On ne nous a rien dit. Pourquoi ?

Et le traitement a été instauré ; POURQUOI avions-nous reçu une lettre de M.Job au début du traitement de Bénédicte pour nous inciter à adhérer à une association de parents -suscitée par lui et dont il était le président d’honneur. Le but était, je crois, de faire pression sur les pouvoirs publics pour faciliter la collecte des hypophyses.

POURQUOI créer une structure particulière hors des normes habituelles de l’assistance publique ? L’attribution du traitement à Bénédicte montrait que les indications thérapeutiques étaient élargies alors que la lettre me parlait de pénurie d’hormone.

POURQUOI élargir les indications thérapeutiques si on manquait de matière première pour les traitements ?

Incohérence qui aurait dû me faire réfléchir.

Peut-être que dans cette incohérence, y avait-il une cohérence ? et j’aurais dû me renseigner pour savoir si M.Job avait fait traiter des membres de sa famille.

La collecte s’intensifia alors dans des conditions anarchiques que l’on connaît. Lorsqu’elle atteignit le cap des 10 000, il était alors statistiquement certain que l’on récolterait des hypophyses contaminées par la MCJ, à fortiori quand on regarde les sources de la collecte. La purification insuffisante ferait le reste et on mettait ainsi en danger la vie de tous les enfants traités.

Il y a un décès sur 10 000 dû à la MCJ. A l’époque les connaissances statistiques étaient amplement suffisantes et accessibles, pour comprendre cette évidence. Il y avait des traités écrits en français et enseignés dans de nombreuses universités françaises. Il n’était pas nécessaire de connaître l’anglais.

Je me sens un peu responsable de la contamination des enfants, et les parents des enfants pour lesquels le traitement n’était pas vital doivent aussi se sentir responsables car si nous avions refusé les traitements, il y aurait eu besoin de moins d’hormones et il y aurait eu plus de probabilités de passer entre les mailles de la contamination.

POURQUOI n’avoir pas suspendu les traitements dès les premiers cas connus de contamination, pour réfléchir, reprendre, contrôler pas à pas toutes les étapes de la préparation ? POURQUOI lorsque la contamination atteignit notre pays ne pas avoir rappelé les lots distribués ?

POURQUOI cet entêtement qui ressemble fort à une fuite en avant ? POUR justifier une renommée qui se voulait mondiale ? C’est ainsi que M. Job était présenté dans une édition d’un de ses livres. POUR obtenir suffisamment d’observations ?

Pour justifier par des résultats positifs des pratiques pour le moins douteuses ?

ET POURQUOI tous ces silences ? Silence envers les prescripteurs qui, d’après ce que nous avons entendu ici, ne savaient pas grand chose sur le traitement. Silence envers les familles auxquelles rien n’était dit au moment de la mise en place du traitement.

Silence envers les familles qui essayaient de se renseigner lors des premiers troubles présentés par leurs enfants.

Silence vis-à-vis du corps médical qui mit du temps à associer traitement aux hormones de croissance et MCJ. Par une information ciblée, urgente, que sais-je ? on aurait évité bien des erreurs de diagnostic et des comportements intolérables (Bénédicte n’a pas été la seule à être internée en psychiatrie). Le corps médical est-il incapable de dialoguer en son sein ?

POURQUOI les appels téléphoniques et les visites des responsables de l’association « Grandir », émanation de « France-Hypophyse », pour dissuader les familles de porter plainte ?

Et POURQUOI l’institution judiciaire, monsieur le Président, a-t-elle laissé le soin aux familles accablées de douleur de s’impliquer pour rechercher la vérité sur ce drame ? Sans l’opiniâtreté des familles, leur pugnacité, il n’y aurait pas eu d’instruction et de procès. Espérait-on que les parents renonceraient, se tairaient ? Mais se taire aurait été se faire complices de ceux qui étaient la cause de la mort de nos enfants.

Je n’ai pas et ne pense pas avoir une réponse à toutes ces questions, mais dans quelque temps j’aurai la réponse à une autre question qui me préoccupe autant ; je saurai si le peuple français, si la société dans laquelle nous vivons considère cette hécatombe comme une simple bavure indissociable de l’avancée de la science (ou de ce qui se prétend tel). Note de AG : pendant tout ce témoignage, comme toujours d’ailleurs, M Dray consulte ses notes, M Job pique de temps à autre du nez…

Me Honnorat : Vous aviez parfois des Hormones qui ne correspondaient pas à l’ordonnance ?

Jean Guy : On nous disait que c’était la même chose, nous prenions, contents !

Me Honnorat : Avez-vous été prévenu des risques ?

Jean Guy : Non, jamais ! Ni avant le traitement, ni en 1985.

Me Honnorat : M Job, vous êtes l’auteur d’une note en 1992, qui explique le fonctionnement général de France Hypophyse. Dans cette note vous dites que FH n’a traité que des déficits complets, alors que ce n’est pas vrai ? Pourquoi ?

M Job : C’est toujours difficile de distinguer le complet du partiel. Il n’y a pas de frontière précise. Il a proposé un groupe de travail sur le sujet. (Note AG : Nous n’en connaitrons pas plus sur ce groupe de travail)

Me Honnorat : Dans un article lors d’un congrès annuel de pédiatrie, à Bordeaux en 1983, vous dites qu’en cas de déficit partiel, le traitement par hormone de croissance arrive souvent à un échec, donc il faut l’administrer avec beaucoup de réserve ?

M Job : La connaissance varie avec le temps. Je n’ai jamais pris de décision seul. Elles étaient toujours collégiales. M Mollet qui présidait le comité de répartition peut vous le dire.

Me Honnorat : Sur la posologie d’origine différente Mme Mugnier écrit dans sa thèse en 1978 que l’efficacité varie en fonction du fournisseur, avec des exemples. Pourquoi pouvait-on alors changer de fournisseur ?

M Job : Je ne connaissais pas cette thèse. M Job demande à lire une note sur l’organisation de la commission de répartition entre 1976 et 1986 Dans cette note, très difficile à comprendre car la lecture est assez inaudible, il indique qu’il n’y avait pas de règles écrites, que la posologie a changé en fonction de la disponibilité des HC, et que les déficits partiels ont été étudiés en fonction de critères chimiques mais que la limite n’était pas stricte.

Le Président : Le Tribunal a l’impression de reculer de 2 mois avec cette lecture.

Me Honnorat : La famille Delbrel a reçu une lettre afin qu’ils adhérent à Grandir. Etait-elle systématique ?

M Job : Oui

M Mollet : Une précision, Monsieur le Président : Contrairement à ce qu’a dit M Job je n’ai jamais été le Président du Comité de Répartition !

Famille TABUT Guy : Je suis le frère et je m’en suis occupé depuis le début. C’est une honte de voir des choses comme cela. Je suis le beau frère : Je l’ai connu à 7 ans, nous avions de bonnes relations je l’emmenais à la pêche.

Famille TIEFENBACH

Christine : Je suis sa sœur, plus jeune de 4 ans. M Job a demandé que je prenne aussi des HC. Avec mon frère l’hôpital était notre deuxième maison. Mon frère voulait être jockey, M Job lui a déconseillé. Quand mon frère a été malade, mes parents m’ont dit que c’était la sclérose en plaque. Grandir leur avait dit que c’était la MCJ et qu’il n’avait que quelques mois à vivre. En fait ça a été 8 mois. Il avait des cauchemars et devenait de plus en plus agressif. M Job est venu à l’enterrement, il a regardé 1 minute et est reparti. Après il a fallu que je passe plein d’examens, puisque j’avais eu des HC aussi. Mes parents me l’avaient caché. Ils ont très peur pour moi.

Mme DEMARET (Vice présidente de Grandir)

Grandir a été créé en 1979. Il n’y a pas d’archive de cette époque, et aucun des membres du CA actuel n’était là à cette époque.

Me Mor : J’aurai des questions à poser à Grandir lorsque nous parlerons des associations.

Mme Demaret : Les anciens administrateurs ont été contactés, mais nous n’avons pas le pouvoir de les obliger à venir.

Famille GOIZET

Claudette : Je suis la mère. Régis avait 14 ans lorsqu’il a eu son 1er lot, dans l’urgence, le 15 février 1985.Son père est décédé en juin 1985. Le traitement était relativement efficace et est devenu très astreignant lorsqu’il a eu 5 piqures par semaine. A l’arrêt en 1989, il mesurait 1,73m. Il avait une piqure de testostérone 1 fois par mois en plus.

En mars avril il a dit qu’il marchait mal parce qu’il avait mal à la jambe. Mais le 1er Mai elle a trouvé dans la chambre de son fils une convocation chez un neurologue dont il ne lui avait pas parlé. Il est resté chez eux, entouré par ses amis du basket, qui venaient aider la nuit.

Au nouvel an 2000, il était avec sa sœur. A minuit il a fait signe qu’il avait vu le 01.01.2000, puis il est décédé un peu après. J’ai fait 3 dépressions depuis.

Me Honnrat : Quelles informations avez-vous reçues ?

Claudette : Nous avions reçu une feuille sur laquelle nous nous engagions à faire le traitement, au mois de janvier 1985. Nous avons eu un lot périmé et une autre fois le lot est arrivé par la poste. Cela nous a géné car nous devions le garder au frigidaire.

Me Honnorat : Comment était le 1er lot ?

Claudette : Il était en vrac dans un sac, pas dans un paquet. Mais nous étions préssé de commencer le traitement.

Famille NOGUES

Monsieur Noguès : Je suis le père. Malgré une chute d’une échelle sur du ciment, qui lui a fait une fracture du crane, il avait un développement normal. M Noguès attaque sévèrement le Dr Richiccioli qui était le prescripteur et membre du CA de France Hypophyse. En plus le traitement n’a sans doute pas été efficace. M Nogues dit deux dictons : Toute peine mérite salaire et toute faute mérite punition.

Famille CHEMINEL

Alain : Je suis un des frères. Pascal a repris l’exploitation agricole de mes parents et avec 2 personnes ils ont créé un GIE. Dès le début des signes, nous avons pensé à la MCJ, alors que les médecins disaient que cela n’avait rien à voir. Mon frère a continué a travaillé tant qu’il pouvait marcher, mais Le GIE a décliné avec la maladie, Nous avons rencontré Th Billette de Vilmeur en janvier 1993, qui nous a confirmé la maladie. Nous avons aménagé la maison. Un jour il à posé la question au Dr Lecornu, prescripteur : Pourquoi m’avez-vous fait ces piqures ?

Avec le rapport de l’IGAS en 1982, pourquoi les prévenus n’ont rien changé dans tout le processus ?

Toute faute mérite sanction.

Me Honnorat : Le traitement n’était pas bien supporté par votre frère ?

Alain : Oui, il faisait des malaises le soir surtout. Il était souvent fatigué, il prenait des sucres dans ses poches qu’il mangeait en cas de problème. M Lecornu ne s’expliquait pas ses malaises.

Famille LABORDE

Michel : Comme vous nous l’avez demandé, je ne vais pas invectiver les prévenus, ni les insulter.

Par contre, comme je ne suis ni Prix Nobel, ni Professeur en médecine, ni Pasteurien, je ne vais pas pouvoir faire l’éloge des prévenus.

Par contre ce que je peux dire, c’est que je suis le père de Frédéric qui depuis 11 ans repose dans un cimetière de l’Allier, tué par l’administration d’hormones de croissance contaminées.

Frédéric a eu à l’âge de 3 ans un cancer de la gorge. Il a été hospitalisé à 300 km de chez nous pendant 3 mois et a frôlé la mort plusieurs fois. Mais lorsque nous avons vu les médecins la 1ère fois, en l’occurrence Mme Chewsguth, la chef de service ne nous a pas caché la gravité de son état et je me souviens qu’elle nous a dit : « on va tout faire pour le sauver, mais on est pas le Bon Dieu ». Nous connaissions le risque et nous l’avons accepté. Ils ont réussi et je les en remercie.

Le traitement qu’il a reçu a provoqué des problèmes hypophysaires et thyroïdiens.

Frédéric ne grandissait pas beaucoup (à 8 ans il mesurait 98 cm). Nous avons été aux enfant malades à Necker. Le Dr Czernichow, travaillant dans le service du Dr Rappaport, membre du CA de France Hypophyse, nous a indiqué qu’il y avait une solution : un traitement par injection d’hormones de croissance fabriquées par Pasteur : quelle garantie pour nous ! Après des examens le traitement commence en 1977 à raisons de 3 injections par semaine jusqu’en 1986. Malgré toutes les difficultés au cours du traitement, les injections, l’alimentation par nutripompe car il ne mangeait pas assez, nous étions contents car à la fin du traitement il mesurait 1,48m : il avait grandi, mais à quel prix : je le sais depuis le 14 mars 1997 à 15h30, à l’heure de sa mort, alors que ma femme, sa sœur et moi étions près de lui dans sa chambre.

Sa mère et sa sœur l’ont accompagné tout au long de sa maladie. Il a été conscient jusqu’à 2 jours avant sa mort et bien qu’il ne puisse plus parler, sa sœur arrivait à communiquer avec lui. Sa grand-mère, ma mère, n’a pas survécu très longtemps après la mort de ce « Titi » qu’elle adorait et qui lui rendait bien. Il est vrai, elle n’avait ni une pierre, ni un tiroir-caisse à la place du cœur, elle ne voulait plus vivre : ce n’était pas normal que son petit fils, après 2 de ses fils, meure avant elle.

Frédéric était un garçon courageux. Il savait, après renseignement, ce qui l’attendait, mais ne nous en avait pas parlé pour ne pas nous inquiéter. C’était un garçon très gentil avec nous et tous ses amis. Frédéric et toutes les autres victimes seraient encore parmi nous et nous ne serions pas au tribunal aujourd’hui si les prévenus avaient été des gens dotés de bon sens et d’un peu d’humilité. Lors de la fabrication de cette hormone de croissance, des erreurs ont été commises à tous les niveaux et la plus grande discrétion a été recherchée pour que les familles ne sachent rien des risques encourus. Il est incompréhensible que FH et son président aient utilisé les services d’un médecin pour porter la glacière qui contenait la mort. L’emploi d’un coursier dans une agence d’intérim aurait été beaucoup moins onéreuse et aussi efficace, puisque le rôle du collecteur ne consistait pas à contrôler la provenance des hypophyses prélevées. Evidemment, ce coursier n’étant pas médecin, aurait pu faire des erreurs et mélanger les hypophyses saines avec les douteuses dans un même flacon mais, si je ne m’abuse, la même chose s’est produite lors de la collecte par un médecin.

FH nous dit avoir fait et distribué aux préleveurs une note concernant les contre-indications. A-t-on vérifié auprès des médecins anapath que ces consignes étaient bien respectées ? Je ne le pense pas car le médecin collecteur continuait de la même façon qu’auparavant en allant récupérer les hypophyses directement auprès des garçons d’amphithéâtre, mais ça ne lui posait pas de problème car son travail était de collecter, pas de contrôler : attitude étrange de la part d’un médecin qui savait à quoi allait servir le fruit de sa collecte. Pourquoi ne s’est-on jamais inquiété des risques de la fameuse méthode dite de « Balouet » qui permettait de prélever l’hypophyse mais n(‘excluait pas de prélever des tissus pouvant être contaminés ? Peut-être parce qu’elle offrait l’avantage d’être plus rapide, moins astreignante et ne laissait pas de trace externe. Le président de FH n’aurait-il pas du s’impliquer davantage dans les contrôles qui auraient dû être faits à tous les niveaux, il est vrai qu’il n’a pas toujours pu le faire car il était sous les ordres de M Royer, qui est décédé, et il ne faisait presque que du secréatriat : secrétaire de luxe étant donné sa position.

Quant à l’URIA qui a utilisé la même méthode « Lorry » que les labos pharmaceutiques (Kabi et autres), elle n’a pas eu de chance car sa production a provoqué le décès de nos enfants alors que les labos n’ont pas de mort sur la conscience. Est-ce un manque de chance ou est-ce que le professionnalisme des laboratoires était bien supérieur : je penche plutôt pour la seconde solution. A la décharge du responsable de l’URIA, il faut savoir que la littérature existante était souvent en anglais ou en allemand et que ne pratiquant pas ces langues il était difficile pour lui d’en prendre connaissance. Mais je me pose la question : à cette époque la profession de traducteur existait-elle ?

Et puis il y a eu la note du Pr Montagnier en 1981 qui mettait en avant les risques possibles de MCJ : pourquoi ne pas la prendre plus au sérieux. Il pouvait y avoir un risque ? 2 solutions : la 1ère on supprime le risque et on continue, la 2ème, on ne peut pas supprimer le risque et on arrête. On ne peut pas se permettre en tant que médecin de mettre en péril la vie des gens et à plus forte raison celles d’enfants. Après la décision de traitement à l’urée 5 grammes sont revenus à la PCH. On pensait que ces 5 grammes avaient été retraités, mais pour un médicament on ne doit pas penser mais être sûr. Pour ce qui est de la PCH, je pense qu’il y a eu négligence de la part de certains et des fautes de la part du directeur scientifique qui était en charge de l’hormone de croissance.

En effet, on se retranche derrière ce qui était la pharmacopée mais on oublie les avertissements donnés par des subalternes qui étaient tout de même pharmaciens, Mrs Fickat, Darbor ou Pradeau. M. Darbor, si j’ai bien compris, a dit devant le tribunal que les lots sur lesquels il avait apposé la mention « non conforme » n’auraient pas dû être réutilisés et le directeur scientifique donnait quand même son aval pour la libération de ces lots, pourquoi ne pas tenir compte des résultats des contrôles, parce que ce n’était pas écrit en toutes lettres dans la pharmacopée ? M. Darbor a aussi déclaré qu’une préparation comme l’hormone de croissance doit avoir un contrôle parfait du début à la fin. Etait-ce le cas ? Je pense que le directeur scientifique était bien plus soucieux de se débarrasser des lapins qui le gênaient plutôt que de la qualité du produit qu’il allait mettre sur le marché.

Dans tous les métiers où la sécurité est en 1ère ligne, on ne peut se permettre de négligence. Dans le métier que j’exerçais, la sécurité était au cœur de toutes mes actions. J’avais une équipe de 30 conducteurs de trains, je peux vous dire que les contrôles des connaissances sécuritaires étaient effectués au moins 4 fois par an et s’il y avait une lacune, la reprise de formation était immédiate avec sanctions si cela était nécessaire. Tous les incidents étaient analysés et la cause recherchée afin d’y remédier. Si tous les acteurs de la chaîne de production de l’hormone de croissance avaient fait la même chose, nos enfants seraient encore parmi nous.

Quand on voit qu’après une réunion des médecins à FH, ils sont unanimes à dire qu’il faut continuer les traitements alors que le risque est bien présent, c’est de l’inconscience, c’est un crime. Ces médecins auraient-ils eu la même réaction si leurs enfants ou petits enfants avaient eu ce traitement ? Je suis certain que non ! Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, j’ai confiance en la justice de mon pays et je souhaite que les peines infligées soient à la hauteur des fautes commises. De plus, je pense que vous pourrez décerner la médaille d’or à cette équipe pour le championnat du monde des donneurs de mort pas hormone de croissance.

Huguette : Elle n’a pas pu s’exprimer tellement l’émotion était trop forte.

Valérie : Je suis la sœur de Frédéric. J’ai été longtemps séparée de mon frère à cause de son cancer. Après le début de la maladie, j’ai contacté Francine Delbrel et en lisant son livre Pour Bénédicte, j’ai compris ce qui attendait mon frère.

Famille RESSEIGUER

Ghislaine : Je suis la sœur de Frédéric. C’était notre petit frère. Il recevait chaque jour 1 piqure en sortant du lycée.

Le Dr Richiccioli a dit qu’il y avait eu des accidents aux USA mais que maintenant en France c’était parfait ! Même après avoir vu les émissions à la télévision, il a continué à avoir le même discours. Frédéric était agréable, très associatif, gentil avec ses amis. Il pensait se fiancer, mais les 1ers signes sont arrivés avant, en 1998. Il a été hospitalisé à Purpan, à Toulouse. En 1999 il ne pouvait plus manger. Il est revenu à la maison. Il nous a dit qu’il allait rejoindre les petits oiseaux dans le ciel. Il a lu un article sur la MCJ dans une salle d’attente. Il a calculé qu’il mourrait en avril. Nous avions un moyen de communiquer avec lui simple : nous posions une question directe. Il levait le pouce si la réponse était positive. Il nous a dit qu’il voulait que les responsables soient punis. Il a eu des problèmes pulmonaires et il a du repartir à l’hôpital. Il est mort quelques jours après , en avril, comme prévu par lui, le 13.

Me Honnorat : Comment vivait-il ?

Ghislaine : Il ne souffrait pas de sa petite taille, il en riait. Il a bien accepté le traitement tant qu’il avait 3 piqures par semaine. Quand il en a eu 5 cela est devenu très difficile.

Famille QUENTIN de COUPIGNY, Guillaume : pas de témoignage.

Fin de l’audience